Archives mensuelles : octobre 2011

Sarkomédie

Mieux vaut ne pas lui serrer la pince

Le sang encore frais de Kadhafi sur les mains, le président de la république s’est évertué à justifier sa politique, à coup de mensonges et d’esbroufes.

Interrogé hier soir par Yves Calvi et Jean-Pierre Pernaut, les deux demis de mêlée du P.A.F., le président Sicolas Narkozy a fait hier soir un haka de 80 mintes sans mi-temps. Il faut dire qu’il n’avait plus parlé aux Français depuis une grossesse. Mais pas sûr que cette soupe à la grimace ait impressionné ses rivaux. Ni les 11,9 millions de téléspectateurs. Qui le croit encore ?

Morceaux choisis:

  • Si la Grèce n’avait pas été sauvée, « le monde entier aurait  sombré dans la catastrophe ».

Mais Supersarko est là.  Allah-o-akbar.

Ni la Grèce, ni l’Europe, ni la zone euro, dont il s’agit vraiment, n’ont été sauvées. Tous les commentateurs le reconnaissent. L’U.E. a seulement gagné du temps. Auprès des seuls créanciers qui restent: les BRICS et les émirats du Golfe. A quel prix ? Sarko ne nous le dit pas. Par contre il nous dit que la dette grecque a déjà rapporté 20% d’intérêt à la France. Ou plutôt aux banques françaises. Sur le dos du peuple grec. Il a beau jeu de dire que l’entre de la Grèce dans la zone euro fut une erreur. Les prédécesseurs des chefs d’Etat actuels menaient la même politique ultra-libérale en 2001. C’est l’appât du gain qui a fait se précipiter l’U.E., et mentir le gouvernement grec sur sa dette. En l’occurrence l’erreur première incombe au président de la B.C.E. de l’époque, le Hollandais Wim Duisenberg. Mais on ne peut pas lui envoyer l’OTAN, il est mort en 2005. Par contre Jean-Claude Trichet était déjà au directoire en tant que président de la Banque de France. Et on ne l’a pas beaucoup entendu sur cette « erreur »… Toujours sur l’air de la tragédie, le naboléon est revenu sur la crise de 2008, disant que les banques « ont fait n’importe quoi » avec les subprimes. Mais il promet que « les bonus et les rémunérations des traders rentrent enfin dans des pratiques normales »… pour l’été 2012.

Allelujah. Sil est réélu on leur fait un prêt de confiance jusqu’en 2017.

  • Les socialistes n’ont fait que des erreurs.

Si la France va si mal , c’est la faute à la gauche. La gauche française. Parce qu’en Allemagne on travaille jusqu’à 65 ans sans rechigner 53 heures semaine. Si Sarko veut se rapprocher de ses racines austro-hongroises, qu’il y aille. Son slogan pour 2012 c’est « Travailler plus pour gagner moins ». Il n’ose pas le dire mais on a compris. Que propose-t-il pour résorber la dette… française (plus de 1.702.885.000.000 euros à l’heure où j’écris ce 28 octobre, 84,5% du PIB dernier chiffre disponible, et le compteur tourne) ? Des plans de gestion mais pas de rigueur. Répétons-le : pas de mot qui fâche. Et pas de panique : il ne faut trouver que « 6 à 8 milliards d’euros » de plus pour le budget 2012. Où ? « Pas dans les impôts » d’après Sarkoko. Qui ont augmeté sous son mandat malgré ses promesses. Entendez : « pas dans l’impôt sur les grosses fortunes ». « Seul pays d’Europe où il y en ait un ! », s’indigne-t-il. C’est qu’ailleurs les pauvres la ferment… Ou qu’ils sont tous pauvres… Alors on tape sur les fonctionnaires. « Il faut moins de fonctionnaires, mais mieux payés ». Comme si ces économies de bouts de chandelles allaient apporter les deux mille milliards nécessaires… Quant à la proposition de Hollande, « 60 000 enseignants de plus, mais où est-ce qu’on va trouver l’argent ? » Ils seront moins payés que leurs collègues plus âgés mais la vraie question est : « l’argent envolé dans les banques et le CAC 40, où est-il ? ». Ne comptez pas sur Sarko pour répondre. Car alors il voit la faucille et le marteau sur le drapeau français, et ça lui « fait honte ».

Quel cirque…

  • La calomnie Karachi.

Sarkozy ne passera pas Karachi au karcher. Dans son agenda il y a d’abord la Syrie. S’il a le temps. Mais sur cette affaire pèsent de lourds soupçons de financement illicite pendant la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Sarkozy était alors son porte-parole, et Nicolas Bazire, mis en examen, son directeur de cabinet. « Naturellement, il ne sortira rien de cela et tout le monde le sait », clame le président, qui n’arrête pas de se poser en victime sur le sujet, dénonçant ce qu’il appelle la « présomption de culpabilité ». Pourquoi alors cette mise en examen, par le juge Renaud Van Ruymbeke, de Nicolas Bazire et de Thierry Gaubert, autre proche du président ?

C’est la justice qui tranche les procès. Pas le président.

  • Pas candidat mais en campagne, façon anti-système.
Se la jouant au-dessus des lois et des sondages, Sarko a pris la pose mitterrandienne de 1988 pour dire qu’il se prononcerait sur sa candidature en temps voulu, « en janvier ou en février ». Pendant ce temps Hollande nous la joue Mitterrand 1981 dans ses meetings. Mais sache peuple de France que l’outsider, c’est Sarko. « Avez-vous oublié que tous les candidats du système, tous, même quand je les ai soutenus, ont été battus ? » conclut-il. Ca y est il est en campagne et ressort le vocabulaire du FN. Ce n’est pas gage de victoire cette fois-ci. Martine Aubry aussi avait resorti la formule de la candidature anti-système contre François Hollande, avant d’être battue aux primaires. Et puis que veut-il dire ce surexcité ? En quoi les présidents de la cinquième république ne sont pas des candidats du système, lui le premier ? Il devait y avoir une drôle de sauce dans les frites, à Bruxelles…
Que retenir de ce mauvais programme télé ? Il fut artificiel: le président promet des demies-mesures pour des doubles-dettes. Hypocrite: le président se défausse sur toutes les questions qui portent sur son pouvoir. Et long: une heure et demie de répétitions, et malgré ça pas un mot sur les guerres de l’OTAN. Artificiel, hypocrite et long. A l’image de ce mandat.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, articles, Economie, Europe, France, Mieux vaut en rire!, Politique

Les Chinois à Cognac

A vendre

Monnet y fut importateur d’idées en 1934,

Céline l’avait prédit dans un dernier souffle en 1961,

Jean Yanne s’en était amusé en 1974

2011: cette fois on y est. L’Europe chinoise.

Enième réunion de la dernière chance hier à Bruxelles, qu’allait-on faire de l’euro, des Hell-haines, des Ritals et des Espingouins… Ca fait des lunes qu’ils se creusent les méninges Nicolas, Angela et tout l’tralala. On ne compte plus le nombre de sommets. LCI en listait 10 en un an, France 24, 14. A ce train-là les Alpes restent loin en dessous. Ce 26 octobre on a donc eu droit à un double sommet tant qu’à faire, c’est que ça coûte un pont aérien ces petites sauteries. Premier round à 27 pays européens, deuxième à 17 pays zone euro. La tension à son comble ! Tout ça pour qu’on apprenne ce matin que la Chine rachète l’Europe, qui n’est pas une Phénicienne, après le Pirée, qui n’est pas un homme.

Et pour le pourboire, tintin !

Die grosse diskusion des derniers mois, c’est la recapitalisation des banques. A 22h la question est remise sur le tapis: pourtant sonnées depuis 2008, on leur demande d’effacer 50% de la dette grecque. Montant de la perte: 100 milliards d’euros. Pour signer les paperasses, les VRP-d’Etat-super-sympas-Nicolas-et-Angela sont prêts à rencontrer les banquiers. A eux de s’arranger pour se refaire la cerise.  Auprès de qui ? La BCE ne représente que des Etats surendettés. L’Amérique leur crache dessus. La Suisse a ses sommets enneigés. Restent les émergents. Ni hao. La Chine débarque via l’agence Reuters à 22h20. Ca y est les gars, la messe est dite. C’est pas le pétrole libyen qui y changera grand chose, l’Europe est à vendre, Parthénon, Colisée, Disneyland Paris, Phantasialand Cologne, tout, à l’encan et au clou. Le montant de l’ardoise des banques se chiffre à 106,4 milliards d’euros, dont 84,87 pour les besoins cumulés des banques grecques (30), espagnoles (26,1), italiennes (14,77), françaises (8,8) et allemandes (5,2). A 0h45, à l’ouest de l’Oural, rien n’est acquis. Charles Dallara, directeur général de l’Institut de la finance internationale (Ifi), déclare dans un communiqué: «Il n’y a eu aucun accord sur la Grèce ou sur une décote précise. Nous restons ouverts à un dialogue pour la recherche d’un accord volontaire. Il n’y a aucun accord sur aucun élément». Foin du secteur privé mon pauvre NicolAngela. Coup de théâtre d’ombres à 3h45, accord en vue des dirigeants européens avec les banques selon un sherpa qui parle dans son sommeil. On est là au chant du sarcoq. Gueule de bois sans alcool. La vassalité du sous-continent européen à l’Asie est inévitable. Donc ! Sarcosette rencontre Thénardhiu Jintao aujourd’hui sur une participation chinoise au nouveau « véhicule spécial » ajouté au Fonds européen de Stabilité Financière (FESF) pour démultiplier ses capacités. Sarko tire le pousse-pousse, Hu prend ses aises, PSA délocalise au Brésil et Mittal quitte la Belgique. Tout ça pour ça. On pourrait s’en remettre à la fatalité et envoyer nos leaders bien aimés se faire foutre avec leurs billets dépréciés sur la muraille de Chine. Ca ne suffit pas car on ne serait pas sortis de l’auberge. Alors que faire comme disait l’autre ?

Fuir ?

Du soleil jaune bien sûr

Autres temps autres moeurs, le père fondateur Jean Monnet himself né en 1888 à Cognac, entre moultes pérégrinations, démissionne de la SDN en 1923 pour rejoindre l’entreprise du père en difficulté. Il sauve l’affaire et en profite pour s’enrichir avec l’importation de cognac aux Etats-Unis pendant la prohibition. En 1934, revoici notre diplomate-businessman en Chine. Il est alors conseiller de Tchang Kaï Chek, qui veut moderniser son pays. Comme les choses ont changé… L’Histoire ne nous dit pas si Monnet emporte des tonneaux dans ses bagages; l’actualité nous dit que les Chinois achètent des bouteilles et autres produits de luxe. En 1936 fin de contrat, et déjà les affaires chauffent en Europe. Repli stratégique à Londres dès 1939. Retour au bercail en 1944. C’est une option qu’il faut pouvoir s’offrir.

Résister ?

Toto et Céline

Il l’a dit, l’ermite de Meudon. Il en a même fait la conclusion de son oeuvre. Relisons la dernière phrase de Rigodon:

« Je lui fais remarquer qu’à Byzance ils s’occupaient du sexe des anges au moment où déjà les Turcs secouaient les remparts… foutaient le feu aux bas quartiers, comme chez nous maintenant l’Algérie… nos Grands-Transitaires vont pas s’en occuper du sexe des anges !… ni de péril jaune ! manger qui les intéresse… toujours mieux !… et vins assortis… de ces cartes ! de ces menus ! ils sont ou sont pas les maîtres du peuple le plus gourmand du monde ? et le mieux imbibé ?… qu’ils viennent, qu’ils osent les Chinois, ils iront pas plus loin que Cognac ! il finira tout saoul heureux, dans les caves, le fameux péril jaune ! encore Cognac est bien loin… milliards par milliards ils auront déjà eu leur compte en passant par où vous savez… Reims… Épernay… de ces profondeurs pétillantes que plus rien existe… »

Les Chinois stoppés chez Monnet. Noyés dans l’alcool bureaucratique. Rien que ça fait de 2011 l’année Céline des non-administrés. Frédéric Mitterrand de toutes façons, son truc, c’est Bangkok inondé…

Collaborer ?

Et à Bruxelles

La grosse tête préférait en rigoler et transformait la ville lumière en lanterne chinoise, dans la foulée soixante-huitarde. Pas sûr qu’on rie à présent. Ou jaune, alors. Les Chinois à la place des Teutons de quarante et avec l’aval des Allemands d’aujourd’hui. Il n’est plus là pour voir ça mais Jean Yanne avait vu juste. Avec quelques aggravations. Les Chinois ont dépassé le milliard et la planète en est à sept milliards tandis que l’Europe stagne sous le demi-milliard. Voilà des milliards qui ont une toute autre gueule que les calculs comptables ! Et le déclin des élites est tel que la France est présidée par un Hongrois… Et encore, s’il était compétent… Mais on s’en contente dans les salons feutrés du pouvoir… Les Chinois les premiers, puisque tout ça se fait dans la bonne entente socio-économique. Et qui paiera toute les conneries, furies et gabegies de nos bons maîtres ? Le peuple européen ! Mais oui ! Ou ce qu’il en restera.

Alors à nous de voir. Fuir. Ou résister. Ou collaborer. Pas de compromis possible en la matière.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités, Economie, Europe, France, Littérature, Mieux vaut en rire!, Politique

Ca pue l’Var !

Monte et bourre...

Flamby est le candidat socialiste pour 2012, mais Montebourg est en orbite au parti. Dans les Bouches-du-Rhône, des oreilles vont chauffer. Au bénéfice de l’UMP ?

Ah il a bon dos, Guérini… Non pas qu’il s’agisse d’un enfant de choeur. Le président socialiste du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, « en congé du parti », a plus que probablement les mains sales. La justice tranchera. Pas ses mains. Sa saleté. Mais il faut rappeler un fait: le PS a mis deux longues années à réagir à l’affaire Guérini. Pourquoi? Voyons voir.

Guérini nie !

L’affaire Guérini démarre en février 2009 par deux lettres anonymes, l’une au procureur de la République, l’autre à la police marseillaise. Elles dénoncent Alexandre Guérini, gérant de quatre déchetteries, pour détournement de fonds, abus de biens sociaux, blanchiment et corruption, excusez du peu, le tout avec l’aide discrète de son frère Jean-Noël. S’en suivent enquête, perquisition et écoutes téléphoniques qui abondent dans le sens de la corruption des deux frangins. Le 8 septembre 2011, soit deux ans et demi après le début de l’affaire, Jean-Noël Guérini est enfin mis en examen pour association de malfaiteurs, prise illégale d’intérêt et trafic d’influence. Jusqu’alors, qu’a fait son parti vis-à-vis de Guérini? Le PS a d’abord fait semblant de rien. Le département compte plus de deux millions d’habitants, et son ancrage historique à gauche est mis en ballotage à la fois par l’UMP et par le FN. Conseiller général depuis 1998, Jean-Noël Guérini est une pièce incontournable sur l’échiquier local, surtout dans l’optique des cantonales de mars 2011. Celles-ci ayant été un succès national pour le PS, le Conseil général des Bouches-du-Rhône reste dans son escarcelle. Dès lors le fusible Guérini peut donc sauter, il sera remplacé par le sous-fifre du coin. C’est l’occasion pour Arnaud Montebourg, chargé de la rénovation du parti, de peaufiner son image de dirigeant intègre. Dans la foulée des cantonales et dans l’échauffement pour les primaires, il remet à la première secrétaire Martine Aubry un rapport sur les pratiques de Jean-Noël Guérini. Comme attendu, le rapport est accablant : le citoyen Montebourg-Saint Just y dénonce « un système de pression féodal reposant sur l’intimidation et la peur » et craint « les dérives les plus graves dans l’usage de l’argent public ». Gênée aux entournures, Martine Aubry tente de refiler le rapport à François Hollande, tout en regrettant que le ménage n’ait pas été fait plus tôt. Mais les socialistes ne peuvent courir le risque de se retrouver avec une affaire politico-financiaire aux relents de déchetterie sur les bras, alors qu’ils ne sont même pas aux… affaires. Haro sur le baudet donc. Tous finissent par rejoindre l’avis de Montebourg. Les socialistes veulent la démission de Guérini du Conseil Général, et son exclusion du PS. L’intéressé, qui n’a pas l’intention de démissionner, alors qu’il est lâché de toutes parts, annonce tout de même qu’il se met « en congé du Parti socialiste » pour ne pas gêner les primaires du PS. Bel esprit d’abnégation militante.

A tribord toutes ?

Mais en sacrifiant bruyamment un camarade éclaboussé (bien qu’en bout de course), les socialistes font un pari plutôt risqué. Aux prochaines cantonales de mars 2014, les électeurs excédés par la crise économique et par l’incurie des dirigeants, pourraient faire basculer le département à droite. Les Bouches-du-Rhône constituent en effet un territoire politiquement éclaté, avec trois circonscriptions au PS, une au PCF et… douze à l’UMP. La droite contrôle aussi les deux villes les plus peuplées du département, Marseille et Aix-en-Provence. Enfin on se rappelle qu’en 1995, le Front National y avait été victorieux à Vitrolles et à Marignane. La même année que son succès dans une ville de plus grande importance, Toulon, dans le département voisin du Var. Une réussite qui ne doit rien au hasard, tant le Var autrefois rouge avait déjà glissé à droite dix ans plus tôt, avec la prise du Conseil Général, par l’UDF d’abord (1985), par le RPR ensuite (1994). Depuis le Var ne varie pas et navigue à tribord, contre vents et marées, adossé aux Alpes Maritimes. Département voisin dont l’appartenance à la droite n’a quant à lui pas été démenti depuis… 60 ans! Un basculement des Bouches-du-Rhône signifierait que l’ensemble de la façade maritime de la région Provence Alpes Côte d’Azur serait dominé par la droite, laissant (éventuellement) l’arrière-pays isolé à la gauche. Est-ce là ce que  désirent vraiment les socialistes? Pas de sentiments en real politik. Car d’ici là il y a une échéance d’une toute autre importance. Celle de 2012. Un pari risqué. Mais depuis Mitterrand, le PS a montré combien il a le goût du risque. En successeur posthume, Arnaud Montebourg veut relever ce pari. D’autant que son rendez-vous à lui, c’est 2017. Avec son populisme assumé et ses formules empruntées au FN, il a montré l’étendue de son ambition.  Alors les élections cantonales de 2014, pensez donc, il les laisse aux impétrants.

Poster un commentaire

Classé dans Actualités

Le sire de Fitch Ton Kan

Mauvaise note pour l'empereur

1870: la France vient de perdre la guerre contre la Prusse, le chansonnier Paul Burani fustige l’empereur Napoléon III pour son incurie dans Le Sire de Fisch Ton Kan, chanson ironisant sur « Fiche le camp » et « Tonkin », région de l’actuel Vietnam sur laquelle lorgne l’Empire.

2011: le monde occidental surendetté entre dans une nouvelle phase de son déclin, la guerre économique par agences de notation interposées.

Standard & Poor’s, filiale de McGraw-Hill, célèbre pour son indice boursier S&P 500 des valeurs cotées à Wall Street,

Moody’s, holding de Moody’s Analytics, on n’est jamais mieux servi que par soi-même,

Fitch, filiale du holding Fimalac (qui n’a de Français que son patron, Marc Ladreit de Lacharrière), dont le double QG est à New York et à Londres,

A ces trois agences américaines se frotte aujourd’hui Dagong Global Credit Rating, la benjamine chinoise fondée en 1994. Si Dagong est surtout audible du côté du Tonkin, elle n’en distribue pas moins ses bonnes notes aux chouchous des Chinois (comme le Kazakhstan le 30 septembre) et punit les mauvais élèves inféodés à l’Occident (comme le Maroc le 10 octobre). Côté occidental on n’est pas en reste. Tout se passe comme si les « big three » s’étaient partagé les rôles pour fustiger à tour de rôle ce qui est à leur portée, les cancres de la seule classe que nos trois pions contrôlent encore: les états européens. Ce 7 octobre Fitch a donc abaissé conjointement les notes sur la dette à long terme de l’Espagne (moins deux crans d’un coup d’un seul, de AA+ à AA-) et de l’Italie (moins un cran, de AA- à A+). L’agence l’explique par une aggravation de la crise de la dette dans la zone euro, provoquant un risque de dérapage budgétaire. L’Espagne et l’Italie dépendent directement de la Banque Centrale Européenne pour placer leurs emprunts obligataires, en évitant ainsi que les rendements demandés n’atteignent des proportions insoutenables. Autrement dit, c’est la BCE elle-même qui est attaquée de plein fouet. Le déclassement de l’Italie intervient d’ailleurs après celui effectué par Moody’s et Standard & Poor’s. Le 7 octobre toujours, Moody’s  envisageait d’abaisser la note attribuée à la Belgique dans la foulée du crash de la banque Dexia. C’est la deuxième fois que ce pays, empêtré dans ses querelles communautaires (record du monde d’un pays sans gouvernement), vient à son secours. En 2008 déjà, Dexia avait failli disparaître pour sa trop grande exposition aux subprimes, ce qui suppose un manque d’efficacité de l’état belge. Et de l’état français, puisqu’il s’agit d’une banque franco-belge. Pour autant, les garanties de financement accordées par la France dans le plan de démantèlement de Dexia n’auront pas d’impact sur la dette de l’hexagone, estime le ministre des finances François Baroin. « Nous sommes l’une des meilleures signatures mondiales et nous le resterons« , affirme-t-il aujourd’hui, garantissant le triple A dont la France bénéficie actuellement. En quel honneur? Mystère, après la déchéance des P(ortugal) I(taly) G(reece) S(pain) et maintenant de la Belgique. Le tout sur fond de recapitalisation des banques.

Festival de Cannes off

Toujours selon Baroin, les modalités d’une éventuelle injection de capital dans les banques françaises seront discutées avec l’Allemagne avant le G20. Les 3 et 4 novembre c’est donc à un festival d’un nouveau genre que vont assister les Cannois, et avec eux les spectateurs du monde entier sur leurs écrans -télé et -ordi. Un festival de la guerre économique à couteaux tirés sur un tapis rouge sang. Un scénario bien réel que le festival du film n’a jamais imaginé, même dans ses productions les plus gores. Jusqu’à quand les Européens, quels que soient leurs défauts, vont-ils continuer à courber l’échine sous une Amérique déclinante et ses accortes agences de notation, sous le regard amusé des B(rasil) R(ussia) I(ndia) C(hina)? Quel crédit accorder à ces agences elles-mêmes à l’heure où la commission des opérations de Bourse américaine (SEC) enquête sur  les délits d’initié en leur sein? Pourquoi sacraliser ces agences alors qu’on sait qu’elles ont accordé des notes maximales à de nombreux produits financiers qui se sont avérés être des produits toxiques? Dans ce contexte, la France pourra-t-elle garder encore longtemps son illusoire triple A? A l’heure des expéditions néo-coloniales du petit Nicolas et de sa tournée d’éclaireur caucasienne, cette note est-elle liée à l’engagement militaire français dans des guerres pures et simples?

A la fin du Second Empire, la Marseillaise avait été bannie du répertoire. L’hymne officiel s’appelait alors Partant pour la Syrie. Une chanson populaire. Juste avant Le Sire de Fisch Ton Kan.

Poster un commentaire

Classé dans Economie

SiFi

Banques virtuelles, faillite réelle

 Systemically Important Financial Institutions. Institutions Financières d’Importance Systémique. A l’heure où Moody’s dégrade la note de 12 « SiFi » britanniques, c’est un acronyme dont on va entendre parler. Et ce n’est pas de la Sci(ence) Fi(ction).

Parmi les principales victimes de cette hécatombe, on note:

  • Lloyds Banking Group (LBG): moins un cran de Aa3 à A1,
  • Royal Bank of Scotland (RBS): moins deux crans de Aa3 à A2,
  • Santander UK (filiale de la banque espagnole): moins un cran de Aa3 à A1,
  • Co-Operative Bank: moins un cran de A2 à A3,
  • Nationwide Building Society (immobilier): moins deux crans de Aa3 à A2.

En outre, les notes de sept établissements de plus petite taille spécialisés dans le crédit immobilier, ont été abaissées de un à cinq crans.

Dans un communiqué, Moody’s a expliqué sa décision par la probabilité d’une diminution du soutien financier du gouvernement britannique en cas de besoin de liquidités des banques. Pour autant, Moody’s pense que le gouvernement britannique continuera à apporter son aide aux fameux SiFi, institutions financières d’importance systémique, mais croit aussi qu’il est « plus probable (que Londres) laisse désormais certaines petites institutions faire faillite en cas de difficultés financières ».

Tier(s Etat) 1

La protection des SiFi est d’une importance vitale pour la protection du système financier. Elle implique que les banques détiennent plus de capital que celui mesuré en Tier 1. Tier 1 est la principale mesure de puissance d’une banque du point de vue du régulateur, à savoir le Comité de Bâle. Il est composé du capital de base, exprimé principalement en actions et en réserves. Ces dernières années les banques ont utilisé ce qu’on nomme poliment des instruments novateurs (subprimes, actifs toxiques, pétrole conte nourriture…) pour générer du Tier 1, limités en théorie à un maximum de 15% du total des fonds propres Tier 1.

America is not in the Mood(y’s)

Notons pour notre part que cette dégradation à l’anglaise intervient après celles du Crédit Agricole et de la Société Générale pour leur exposition à la dette grecque, celle de l’Italie et du quasi ensemble de son système bancaire, et en concomitance avec celle de neuf banques portugaises. Le tout sur fond de préoccupations américaines grandissantes, Obama et Geithner en tête, tintamarrant dans leurs médias que la crise en Europe menace le monde, oh my god, mais que fait Superman? En fait, une nouvelle fois, Moody’s lâche la proie pour l’ombre. Toutes ces SiFi, la BCE, l’euro lui-même, sont avant toute chose exposés à la crise de la dette américaine. Or on s’en souvient, le 6 août Standard & Poor’s n’avait pour sa part pas hésité à abaisser la note attribuée à la dette souveraine US, de AAA à AA+, dans la foulée de sa dégradation le 3 août par l’agence chinoise Dagong, de A+ à A. Moody’s a bien placé cette note « sous perspective négative », mais elle préfère chasser la paille dans l’oeil du voisin. Même quand il s’agit de l’indéfectible allié britannique! Quitte à rester sur la paille, chez elle. Ca sent la fin des haricoburgers pour tout ce que l’Amérique compte d’arrogants aveuglés par sa puissance passée. Il arrive qu’une étoile morte brille encore, le temps qu’arrive sur Terre ce qui lui reste de lumière.

Poster un commentaire

Classé dans Economie

iDead

Elle m'a l'air bien malade, cette pomme...

Steve a donc fini par se faire bouffer le pancréas cloné et ce sont des milliers de jobs qui sont orphelins. L’action dévisse de 4% aujourd’hui à Francfort. Ce que c’est que la psychologie tout de même. Adieu donc l’homme à la pomme, l’occasion de faire un petit bilan sur Apple, sa philosophie et son juteux business.

Longtemps la marque au fruit défendu a été le Poulidor de Microsoft, qui ne s’est pas gêné pour piquer ses bonnes idées au gourou de San Francisco. Que seraient nos ordinateurs avec ou sans pomme s’ils n’étaient pas accompagnés d’une souris? Un peu dur de s’en sortir avec des commandes clavier héritées de MS-DOS. Pourtant sur la longueur on a beaucoup raillé Jobs quant à ses inventions, à savoir, en étaient-elles vraiment? C’est vrai, après les premiers Macintosh en 1984, et sa célébrissime pub en hommage à George Orwell, l’homme a connu son passage à vide avant de rebondir, via les studios Pixar, avec son célébrissime iMac en 1998 et sa version portable, l’iBook. Rien d’autre qu’un écran labellisé aux couleurs rigolotes, à l’époque ça plaisait aux filles. Mais là se cachait sans doute le génie du mec: rendre attirante, quasiment indispensable, une banalité. En 2001, coup dans le mille: l’arrivée d’internet, dont il est passé à côté, lui donne l’occasion de se refaire pour de bon avec les téléchargements de musique sur la toile. Après tout, le nom même de la marque est un hommage aux Beatles et à leur légendaire boîte de production, Apple Records. Succès planétaire pour ce qui n’est rien d’autre que la version numérisée du bon vieux walkman. Dans la foulée, Jobs crée sa médiathèque perso, iTunes, méga juke box et giga jack pot pour le créateur, les internautes pommophiles n’hésitant opas à payer le droit de téléchargement au patron, l’entrée à la boîte est permise à tout le monde à condition de laisser le pourboire à l’entrée. 2007, arrivée de l’iPhone. Encore une fois on prend une formule qui a fait ses preuves, le téléphone, ben tiens, et on en profite pour voguer sur l’effet de mode. Oké c’est du Steve Jobs donc ça doit faire Star Trek: on appelle ça un smartphone et on y trouve un écran tactile, un appareil photo, un baladeur et une flopée d’applications informatiques dont l’App Store qui permet de surfer sur le bidule en passant par la matrice, Thomas Anderson est passé par là. 2010 enfin, Jobs ne cache plus sa maladie qui saute aux yeux, et arrivée de l’iPad. Et là on se dit « Ca va Steve, tu les a eus avec ton ordi fluo, tu les as bluffés avec ta musique, tu les as pompés avec ton phone, c’est bon tu vas pas remettre ça avec ton… ton quoi déjà? » Son iPad. Sa tablette électronique. Et c’est peut-être en tirant sa révérence qu’il a fait le plus fort le bougre. Parce que mine de rien, on parle de plus en plus de la fin du PC et même si l’idée de devenir des nomades numériques complets ne me botte pas trop, avec les données de tous et de tout stockées dans un soi-disant nuage, retour vers le futur en perspective et plus précisément vers… 1984, il faut avouer que si la gageure est accomplie, celle d’avoir sous la main son ordinateur et l’essentiel de ce qu’il peut fournir réduit à l’élégant minimum, que ferait-on de la tour, de l’écran, du clavier, des périphériques et des mètres de fils qui les accompagnent, sur une terrasse chauffée pour supporter l’hiver?

Je ne suis pas client d’Apple. J’ai longtemps été rétif à l’informatique et à sa logique binaire, et quand il a fallu m’y mettre peu ou prou j’ai préféré m’adresser au dieu Gates plutôt qu’à son saint Steve. Et puis de toutes façons l’aura commerciale de Jobs, son obsession du tout propriétaire et son opposition aux logiciels libres me le rendaient plutôt antipathique. Mais après sa mort, on va peut-être tous se mettre, un jour ou l’autre, à un de ses produits. Alors autant s’y préparer. Jobs, maintenant, il a l’éternité devant lui.

Poster un commentaire

Classé dans Economie

Banco !

Peace, love and banque-route

-37% en une séance… Oui, certes, on pourrait parler à longueur d’écran du veto russo-chinois à l’ONU sur la Syrie et du camouflet qu’il représente à l’égard des pays déclinistes, des présidentielles françaises, entre primaires socialistes et débandade borlooiste, sur fond d’affaires politico-financières élyséennes, et même de ce doux petit bout d’été indien de ce début octobre qui a malheureusement déjà pris fin.

Yes but voilà: -37%. D’un coup d’un seul. Dans la gueule des épargnants. Et Didier Reynders, le ministre des finances belge, qui se veut rassurant, en angliche dans le texte: « Don’t worry be happy, ze customers are secured for one hundred thousand euros ». Quand bien même ils les ont, encore deux trois coups comme celui-là et il vaudra plus un kopeck ton euro, Didier! Tout ça en pleine tourmente boursière ça ne vous aura pas échappé. Pour ne rien arranger, la probabilité d’une participation plus importante que prévu des banques dans le plan de sauvetage de la Grèce fragilise encore plus, mais oui c’est possible, l’ensemble du secteur bancaire européen. Dans ce contexte, Dexia est présentée dans les médias comme la première victime européenne de la crise de la dette. Faux: la banque franco-belge avait déjà frôlé la catastrophe en 2008, par sa surexposition  aux subprimes u.s. Et déjà elle avait étérenflouée par les Etats, France, Belgique et Luxembourg en l’occurrence, qui avaient apporté 6,4 milliards d’euros pour la sauver. Momentanément. « La crise », qui n’est jamais finie, et qui dure en fait depuis près de quarante avec le premier choc pétrolier, a pris de l’ampleur avec la crise de la dette. Ce coup-ci des Etats endettés se portent garnats pour des banques endettées… Jusqu’où iront-ils? On a parlé ces dernières semaines de la Générale dans la tourmente, à cause d’une rumeur à, son encontre dit-on, apparue dans le Guardian. C’est tout ce qu’il fallait pour qu’elle dévisse. Dans la foulée, un trader pourri, version bougnoule de Kerviel, fait plonger à Londres la suisse UBS. Encore le bouc émissaire de service. Et après Dexia, à qui le tour? Le Bank In Greece BANG? Ce qui me fait dire ici depuis un moment que ces événements, s’ils représentent une indéniable crise du capitalisme dans le vieux monde (côté Chine « communiste », il va plutôt bien, siè siè), marquent aussi, et sans doute surtout, un règlement de comptes propice entre les deux rives de l’Atlantique. Car tant qu’on se focalise sur la crise de l’euro et des calendes grecques qui l’accompagnent, on occulte la, ô combien plus gravissime, crise de liquidités américaine, celle que Ben Bernanke promettait de résoudre en balançant des dollars par hélicoptère. Et pendant que Moody’s et ses potes dégradent à tout va pays européens et institutions bancaires européennes, de l’autre côté de l’Oural on rit jaune. Gaffe à ce jeu-là, les yankees. Car c’est bien la crise des subprimes, la mère de toute les batailles, et l’avidité préalable et toujours prégnante de Wall Street, qui ont entraîné le monde dans cette mouise. A l’heure des paiements de dettes, il faudra que vous en teniez compte.

1 commentaire

Classé dans Economie