Archives mensuelles : novembre 2011

Deutschland Über AAAlles

Souvenir, souvenir...

C’était jusqu’à hier. L’Allemagne devait lever six milliards d’euros d’emprunts à dix ans. Elle n’en a rassemblé que 3,6. La voici en proie à son tour aux affres de l’émission obligataire.

La France emprunte avec un taux d’intérêt chaque jour un peu plus élevé, tout comme la Belgique, emportée à son tour dans la spirale des taux. Mais l’Allemagne n’est plus à l’abri. Jamais jusqu’ici un pays classé triple A n’avait récolté que 60% des fonds demandés. Berlin proposait un taux de 1,96%, avec une inflation de 2%. Le rendement réel s’annonce négatif. D’où le désintérêt des investisseurs. Überraschung: la Bundesbank a donc été contrainte d’acheter le reste de l’emprunt. Certes la banque centrale allemande s’engage à revendre ce solde dans des conditions favorables, mais c’est un événement sans précédent pour le pays qui tient les cordons de la bourse européenne. Et qui s’oppose toujours à l’emprunt de dette souveraine par la BCE, leçons de l’Histoire obligent. Or voilà que le serpent monétaire européen se mord la queue germanique. Ach ! 4,4 milliards d’euros de dette allemande ! Après l’Europe du club Med, ça fait tache d’huile sur la choucroute, même si ce n’est qu’une petite partie du total de la dette européenne… dont Sarko et les autres espèrent que l’Allemagne renflouera pour plus de la moitié. Mais la vache à lait se tarit à son tour. Sa dette publique s’élève à plus de 80% du PIB, son taux croissance pour 2012 devrait être sous 1%. Son triple A n’est pas encore raillé (comme l’est celui de la France), mais il est plus qu’exposé. D’où la tentation qui gagne de nombreux Allemands de quitter tout simplement l’euro, cette invention de Jacques Delors dont l’Allemagne espérait tirer le meilleur dans cette sorte de grande Germanie qu’est devenue l’UE. En 1990 Helmut Kohl pouvait endetter son mark pour accueillir les frères de l’ex-RDA. On en est plus là aujourd’hui et le modèle rhénan s’exporte mal en Méditerranée. Sans compter le danger de faire de l’euro un nouveau Papiermark. Qui ne pourrait être remplacé que par un Reichseuro. Remettre l’euro sur ses rails, c’est la mission première des gauleiters arrivés au pouvoir en Grèce, en Italie et en Espagne. Mais avec la France en énième mauvais élève de la zone euro, Angela Markel n’est pas au bout de ses peines.

La chancelière et l’hypocondriaque

Aujourd’hui au sommet France-Allemagne-Italie à Strasbourg, Merkel et Sarkozy promettent une révision des traités. Le président français, revenant sur les mauvais augures de la crise, a voulu ironiser en évoquant l’épitaphe qu’on lirait sur la tombe d’un hypocondriaque: « Je vous l’avais bien dit ». Reste à voir qui est l’homme le plus gravement malade de l’Europe. Car une chose est certaine, tous attendent que le médecin soit Allemand. Et Francfortois. Ca reste exclu pour Merkel: « La Banque centrale européenne est indépendante », a-telle rappelé. La chancelière avait exprimé le même avis la veille au Bundestag, tout en s’opposant à la perspective d’eurobonds, ces hypothétiques obligations de l’ensemble de la zone euro en lieu et place de la dette des états souverains. Au même moment la Bundesbank rachetait 40% de son propre emprunt. Pas en retard d’une rouerie, Sarkozy a pour sa part déclaré, parlant au nom de Merkel et de Monti (ils ont dû apprécier à la baisse): « Nous avons tous trois indiqué que dans le respect de l’indépendance de cette institution, il fallait s’abstenir de demandes positives ou négatives » à la BCE. Restent les demandes neutres… Der Krise gross malheur.

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Espagne: fracture sociale et castagnettes

Amour vache

José Luis Zapatero a donc choisi le trente-sixième anniversaire de la mort du général Franco pour décréter les élections anticipées. Et pour quitter piteusement l’arène politique ibérique.

Résultat: avec 28% des voix le Partido Socialista Obrero Español a vu 36 chandelles, avec ses 44% le Partido Popular emporte une victoire étriquée, avec près de 7% Izquierda Unida se voit en arbitre, avec plus de 20% de voix émiettées, les petites listes tentent de tirer leur épingle du jeu. Et comme ailleurs en Europe, le parti de l’abstention est incontournable: à 28% il fait jeu égal avec le PSOE. Ce dernier perd plus de 4,5 millions d’électeurs par rapport à 2008. Les électeurs ont voulu sanctionner la classe dirigeante, les Espagnols sachant que les deux grands partis promettent la même rigueur. Ainsi le PP progresse à peine et les souverainistes de Madrid voient se confirmer les formations régionalistes, tant en Catalogne qu’au Pays basque.

Ce scrutin reflette le champ de ruines auquel devra faire face le nouveau premier ministre Mariano Rajoy: le dauphin de José María Aznar est confronté à un chômage de masse de 21,50% de la population, le plus haut taux dans toute l’UE. L’éclatement de la bulle immobilière espagnole, associée au crédit facile, a fait de l’Espagne la version européenne des subprimes américains.

Second dossier, l’état des finances publiques. Rajoy promet de ramener le déficit à 4,4% du PIB en 2012, alors que l’objectif de 6% pour 2011 est compromis par le dérapage des comptes publics. La réduction du déficit suppose une économie de 20 milliards d’euros dans le budget de l’état. Une vraie corrida en perspective dans les dix-sept communautés autonomes.

Por último pero no menos importante, le secteur bancaire et ses 176 milliards d’euros de créances douteuses, des actifs toxiques concentrés dans les cajas, les caisses d’épargne, que los dones d’Espagne voudraient regrouper dans une bad bank, contre l’avis de don Saluste-Rajoy. Le cumul des dettes publiques et bancaires atteint 335 milliards d’euros.

 « Il faut faire des coupes partout », a donc déclaré sans surprise le coiffeur Mariano, qui exclut pour le moment de toucher aux pensions des retraités et aux indemnités de chômage.

La paella est là

La cure d’austérité qui attend les Espagnols s’annonce en tout cas sévère. Le pays emprunte sur dix ans à des taux d’intérêts de 7%, contre 1,8% pour l’Allemagne. Un nouveau plan d’austérité est donc inévitable pour détendre les taux. La bourse madrilène a pour sa part salué la victoire de la droite par une nouvelle chute de 3,48%. Rien de très étonnant, l’Ibex participe à la débâcle générale de l’économie européenne, et réagit surtout à la vraie mauvaise nouvelle d’hier : l’échec de la « super-commission » bipartite américaine sur la réduction de la dette US. Le très catholique Rajoy, qui annonce qu’il ne va « pas y avoir de miracle », veut cependant un gouvernement avant noël. Côté partenaires européens, le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker a exigé des efforts. « Les changements de gouvernement ne modifient pas la situation du problème », a-t-il déclaré. Quel scoop! Angela Merkel a elle félicité Mariano Rajoy par téléphone. Reste à voir si les indignés de droite qui ont voté PP seront plus satisfaits que les indignés de gauche qui ont voté pour la paella qu’est le parlement espagnol. Sans compter les indignés qui sont restés dormir. Les anarchistes espagnols allaient de toute façon difficilement se rendre aux urnes, alors si en plus c’est l’anniversaire de la mort de Franco… no votarán.

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Italie: la Komandantura en Armani

Super Marionnette

Si le cavaliere est désarçonné, sa monture ne paie pas de mine. Le pays que laisse Berlusconi est devenu un véhicule en panne au réservoir percé. Le garagiste Mario Monti et son équipe collent le logo pimpant Ferrari à l’arrière de cette vieille Fiat cabossée. Dix-sept techniciens en costume cravate prétendent sauver l’Italie. Pas un seul élu parmi eux.

Voici donc le premier gouvernement technique que connait l’Europe. En vérité ce n’est pas tout à fait une première. En 1993, au sortir de l’opération Mains Propres (Mani Pulite) qui démantela la mafia à l’ancienne, celle des parrains du sud de la péninsule, le gouverneur de la Banque nationale italienne Carlo Azeglio Ciampi devint président du conseil (équivalent italien de premier ministre), le premier à ne pas avoir été élu. Il sera suivi par Berlusconi à ce poste. Déjà l’Italie était en crise avec la lire à ses minima historiques. Déjà le prédécesseur de Ciampi, le « socialiste » Bettino Craxi, avait maille à partir avec la justice, et s’enfuit en 1994 en Tunisie pour y finir ses jours. Il sera plus dur pour Berlusconi de présenter Ruby à Ghannouchi, mais gageons qu’il a su négocier efficacement son départ du pouvoir. La boucle berlusconienne est donc bouclée, sauf coup de théâtre au pays de l’opéra. L’info étant qu’après Papadémos en Grèce et avant Rajoy en Espagne, l’Union Européenne continue son grand nettoyage de bureaux à coup de ministres technocrates et de directeurs et sous-directeus généraux non élus, à l’image de son propre fonctionnement, et au mépris évident de la démocratie. Voilà pour le côté face. Côté pile de notre pièce d’un eurodollar, les personnages principaux de cette tragicommedia sont tous liés aux intérêts des Etats-Unis. Les hommes de l’empire bicéphale sont en place. Reste à définir leur « feuille de route », comme ils disent. Au programme, pour les Italiens: rigore, crescita e equità, annonce Mario Monti au Sénat. Vocabulaire de banquier aux abois. C’est conciliable ça, la rigueur, la croissance et l’équité ? Garibaldi avait, lui, l’honnêteté d’annoncer la couleur au Parlement: «Non ho null’altro da offrirvi se non sangue, fatica, lacrime e sudore». Mais c’était un autre temps, 1849, un autre enjeu, la guerre d’indépendance, et, surtout, un autre homme.

Petite revue d’effectifs techniques

Mario Monti : ancien commissaire européen, nommé par Berlusconi, d’abord au marché, puis à la concurrence, cet économiste a acquis une réputation d’intransigeance rigoriste par ses actions anti-trust, contre Microsoft et General Electric, d’où son surnom de Super Mario. Remplacé en 2004 par Franco Frattini, il devient International Advisor pour la banque Goldman Sachs en 2005, en cumulant de nombreux postes honorifiques par ailleurs. Il a dû apprécier puisqu’il cumule à nouveau, comme président du conseil et ministre de l’économie. A lui la Dette, aux autres les dettes. 120 milliards d’euros tout de même. Ca fait combien en lires ?

Corrado Passera : ministre de la croissance (buona fortuna), numéro deux de ce gouvernement fantoche, il est directeur général d’Intesa San Paolo, le deuxième établissement bancaire d’Italie, et ancien du cabinet de conseil américain McKinsey.

Giampaolo Di Paola : ministre de la défense, c’est un autre atlantiste puisqu’il est le président du comité militaire de l’Otan, la plus haute autorité militaire de l’organisation. Après les couacs autour de l’appui mou de l’Italie à l’expédition libyenne, Washington veut s’assurer de la fidélité de l’Italie à tous les niveaux.

Giulio Terzi di Sant’Agata :  ministre des affaires étrangères, il était jusqu’ici ambassadeur d’Italie à Washington. Quel heureux hasard !

Andrea Riccardi : ministre de la coopération internationale, il sera le nonce apostolique au palais Chigi. C’est l’heure de la catharsis pour les Italiens après l’ère bunga bunga, les associations catholiques demandant de « purifier l’atmosphère de l’Italie » post-berlusconienne.

Pendant ce temps les députés italiens aiguisent leurs couteaux en attendant les prochaines élections, Ligue du Nord indépendantiste en tête, dans un pays où la droite est la caricature d’elle-même et la gauche morcelée depuis Mani Pulite. Les socialistes sont considérés comme le paravent légal de la mafia, et les communistes ont disparu depuis Enrico Berlinguer, voire depuis Peppone. Ainsi donc, alors que Berlusconi agitait la menace communiste, sans blague, pour justifier sa présence au pouvoir pendant près de seize ans et trois gouvernements, ce sont bien les représentants locaux du capitalisme anglo-saxon qui auront fini par chasser Sylvius Imperator. S’en plaindra-t-il ? Pas sûr. Il peut maintenant  franchir le Ruby’s con tout à loisir.

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Grèce: gouvernement Papandémonium

Makis Voridis, "à gauche"

Ce qui se passe en Grèce est énorme. Du grand barnum. Soit les gens qui dirigent l’Europe s’imaginent intouchables (comme dans un film à la mode), et alors bravo s’ils ont raison, qu’ils ridiculisent encore plus les peuples qui votent pour eux. Soit on a atteint un niveau d’arrogance tel qu’il aura des conséquences plus graves encore que la crise de la dette que l’on veut combattre.

Donc, depuis le 11/11/11 (date symbolique, internet adore), la Grèce a un nouveau gouvernement. Censé la sortir de son impasse. Avec la bénédiction de Sarko, Merkel, Lagarde, on en passe.

Qu’est-ce que ce gouvernement ?

Un bric à brac de 48 membres, bonjour la dépense dans la Californie européenne (question endettement), coalition de socialistes-libéraux-extrémistes de droite.

Qui est dans ce gouvernement ?

On ne va pas faire le tour de cette macédoine de fruits pas frais, juste les faits:

Loukas Papadémos, premier ministre, banquier, sans parti, au moment où les maîtres resortent l’idée de technocrates au pouvoir, avec aussi Mario Monti en Italie.

Question techno, version sirtaki il fait l’affaire: vice-président de la BCE du 31 mai 2002 au 31 mai 2010, c’est un gars du sérail, formé au MIT, qui ne risque pas de sortir le coup du référendum.

Question crate, version sot-crate alors: gouverneur adjoint de la Banque nationale de Grèce en 1993, gouverneur de ladite banque de 1994 à 2002, il organise le passage de son pays à l’euro en 2001. Autrement dit, c’est le premier responsable des comptes truqués de l’économie grecque, sur les bons conseils de ses amis de Goldman Sachs, ce qui a abouti au foutoir actuel. Cette « erreur » que dénonçait Sarko le 27 octobre sur TF1 et France 2. Mais lui n’était pas aux affaires, se justifiait-il. Et Papadémos ? Curieux de connaître l’avis du magyarkozy là-dessus, mais on peut toujours attendre.

Douze ministres socialistes (Pasok), dans la continuité du gouvernement incapable de Georges Papandréou, dont deux vice-premier ministres:

Theodoros Pangalos, petit-fils du général homonyme, dictateur de la Grèce en 1926. Pas mal comme pédigrée.

Evangelos Venizelos, reconduit comme ministre des finances, rien à voir avec Eleftherios Venizelos, mais ça en jette un nom pareil en Grèce.

Deux ministres libéraux (ND, Nouvelle Démocratie) passe-partout dans leur propre parti:

Stavros Dimas, ex commissaire européen, aux affaires étrangères.

Dimitris Avramopoulos, ancien renégat de la ND, à la défense.

ET ENFIN, cerise sur le baklava hellénique, un ministre d’extrême droite (LA.O.S.):

Makis Voridis, aux transports. Plus trois autres néo-fascistes politiquement corrects (faut croire) à des postes subalternes.

Une première depuis la chute de la dictature des colonels en 1974. Alors là chapeau l’Europe. Pour faire peur au peuple, laos en grec, on fait appel au « Peuple », le parti populiste LA.O.S., l’équivalent du FN. Et tandis que la coalition grecque pouvait fonctionner sans ces néo-fascistes, les « démocrates » grecs n’hésitent pas à les inclure dans leur gouvernement. Sans élections.

Quelles seront les probables conséquences ?

Le peuple grec va associer socialistes, libéraux et néo-fascistes. La démocratie grecque en prend un coup sur le profil: cette coalition grotesque ne sort pas des urnes et est imposée par Paris et Berlin.

L’opposition est représentée par les communistes et la gauche radicale. Elle va s’en trouver renforcée. Afaiblissant du même coup la démocratie parlementaire.

Quant à la dette grecque, on compte à Francfort sur son principal artisan pour l’atténuer. Pour savoir l’aggraver il était fortiche le Papadémos. Pour nettoyer les écuries d’Augias, ce sera une autre paire de manches. Mais ça on le sait. Ce qui compte pour les eurocrates, c’est de se servir de la Grèce comme cobaye. Si le gouvernement Papandémonium tient la route, on pourra répéter le modèle plus au nord. Quand le niveau de l’austérité deviendra tel qu’il faudra un gouvernement d’union nationale UMP-PS, et pourquoi pas un ministre FN au ministère de l’intérieur. Sans élections, pourquoi faire des dépenses inutiles ?

On n’a pas fini d’avoir des surprises. Le feuilleton continue à 20 heures.

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