Grèce: gouvernement Papandémonium

Makis Voridis, "à gauche"

Ce qui se passe en Grèce est énorme. Du grand barnum. Soit les gens qui dirigent l’Europe s’imaginent intouchables (comme dans un film à la mode), et alors bravo s’ils ont raison, qu’ils ridiculisent encore plus les peuples qui votent pour eux. Soit on a atteint un niveau d’arrogance tel qu’il aura des conséquences plus graves encore que la crise de la dette que l’on veut combattre.

Donc, depuis le 11/11/11 (date symbolique, internet adore), la Grèce a un nouveau gouvernement. Censé la sortir de son impasse. Avec la bénédiction de Sarko, Merkel, Lagarde, on en passe.

Qu’est-ce que ce gouvernement ?

Un bric à brac de 48 membres, bonjour la dépense dans la Californie européenne (question endettement), coalition de socialistes-libéraux-extrémistes de droite.

Qui est dans ce gouvernement ?

On ne va pas faire le tour de cette macédoine de fruits pas frais, juste les faits:

Loukas Papadémos, premier ministre, banquier, sans parti, au moment où les maîtres resortent l’idée de technocrates au pouvoir, avec aussi Mario Monti en Italie.

Question techno, version sirtaki il fait l’affaire: vice-président de la BCE du 31 mai 2002 au 31 mai 2010, c’est un gars du sérail, formé au MIT, qui ne risque pas de sortir le coup du référendum.

Question crate, version sot-crate alors: gouverneur adjoint de la Banque nationale de Grèce en 1993, gouverneur de ladite banque de 1994 à 2002, il organise le passage de son pays à l’euro en 2001. Autrement dit, c’est le premier responsable des comptes truqués de l’économie grecque, sur les bons conseils de ses amis de Goldman Sachs, ce qui a abouti au foutoir actuel. Cette « erreur » que dénonçait Sarko le 27 octobre sur TF1 et France 2. Mais lui n’était pas aux affaires, se justifiait-il. Et Papadémos ? Curieux de connaître l’avis du magyarkozy là-dessus, mais on peut toujours attendre.

Douze ministres socialistes (Pasok), dans la continuité du gouvernement incapable de Georges Papandréou, dont deux vice-premier ministres:

Theodoros Pangalos, petit-fils du général homonyme, dictateur de la Grèce en 1926. Pas mal comme pédigrée.

Evangelos Venizelos, reconduit comme ministre des finances, rien à voir avec Eleftherios Venizelos, mais ça en jette un nom pareil en Grèce.

Deux ministres libéraux (ND, Nouvelle Démocratie) passe-partout dans leur propre parti:

Stavros Dimas, ex commissaire européen, aux affaires étrangères.

Dimitris Avramopoulos, ancien renégat de la ND, à la défense.

ET ENFIN, cerise sur le baklava hellénique, un ministre d’extrême droite (LA.O.S.):

Makis Voridis, aux transports. Plus trois autres néo-fascistes politiquement corrects (faut croire) à des postes subalternes.

Une première depuis la chute de la dictature des colonels en 1974. Alors là chapeau l’Europe. Pour faire peur au peuple, laos en grec, on fait appel au « Peuple », le parti populiste LA.O.S., l’équivalent du FN. Et tandis que la coalition grecque pouvait fonctionner sans ces néo-fascistes, les « démocrates » grecs n’hésitent pas à les inclure dans leur gouvernement. Sans élections.

Quelles seront les probables conséquences ?

Le peuple grec va associer socialistes, libéraux et néo-fascistes. La démocratie grecque en prend un coup sur le profil: cette coalition grotesque ne sort pas des urnes et est imposée par Paris et Berlin.

L’opposition est représentée par les communistes et la gauche radicale. Elle va s’en trouver renforcée. Afaiblissant du même coup la démocratie parlementaire.

Quant à la dette grecque, on compte à Francfort sur son principal artisan pour l’atténuer. Pour savoir l’aggraver il était fortiche le Papadémos. Pour nettoyer les écuries d’Augias, ce sera une autre paire de manches. Mais ça on le sait. Ce qui compte pour les eurocrates, c’est de se servir de la Grèce comme cobaye. Si le gouvernement Papandémonium tient la route, on pourra répéter le modèle plus au nord. Quand le niveau de l’austérité deviendra tel qu’il faudra un gouvernement d’union nationale UMP-PS, et pourquoi pas un ministre FN au ministère de l’intérieur. Sans élections, pourquoi faire des dépenses inutiles ?

On n’a pas fini d’avoir des surprises. Le feuilleton continue à 20 heures.

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Classé dans Actualités, Economie, Europe, France, Politique

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