Italie: la Komandantura en Armani

Super Marionnette

Si le cavaliere est désarçonné, sa monture ne paie pas de mine. Le pays que laisse Berlusconi est devenu un véhicule en panne au réservoir percé. Le garagiste Mario Monti et son équipe collent le logo pimpant Ferrari à l’arrière de cette vieille Fiat cabossée. Dix-sept techniciens en costume cravate prétendent sauver l’Italie. Pas un seul élu parmi eux.

Voici donc le premier gouvernement technique que connait l’Europe. En vérité ce n’est pas tout à fait une première. En 1993, au sortir de l’opération Mains Propres (Mani Pulite) qui démantela la mafia à l’ancienne, celle des parrains du sud de la péninsule, le gouverneur de la Banque nationale italienne Carlo Azeglio Ciampi devint président du conseil (équivalent italien de premier ministre), le premier à ne pas avoir été élu. Il sera suivi par Berlusconi à ce poste. Déjà l’Italie était en crise avec la lire à ses minima historiques. Déjà le prédécesseur de Ciampi, le « socialiste » Bettino Craxi, avait maille à partir avec la justice, et s’enfuit en 1994 en Tunisie pour y finir ses jours. Il sera plus dur pour Berlusconi de présenter Ruby à Ghannouchi, mais gageons qu’il a su négocier efficacement son départ du pouvoir. La boucle berlusconienne est donc bouclée, sauf coup de théâtre au pays de l’opéra. L’info étant qu’après Papadémos en Grèce et avant Rajoy en Espagne, l’Union Européenne continue son grand nettoyage de bureaux à coup de ministres technocrates et de directeurs et sous-directeus généraux non élus, à l’image de son propre fonctionnement, et au mépris évident de la démocratie. Voilà pour le côté face. Côté pile de notre pièce d’un eurodollar, les personnages principaux de cette tragicommedia sont tous liés aux intérêts des Etats-Unis. Les hommes de l’empire bicéphale sont en place. Reste à définir leur « feuille de route », comme ils disent. Au programme, pour les Italiens: rigore, crescita e equità, annonce Mario Monti au Sénat. Vocabulaire de banquier aux abois. C’est conciliable ça, la rigueur, la croissance et l’équité ? Garibaldi avait, lui, l’honnêteté d’annoncer la couleur au Parlement: «Non ho null’altro da offrirvi se non sangue, fatica, lacrime e sudore». Mais c’était un autre temps, 1849, un autre enjeu, la guerre d’indépendance, et, surtout, un autre homme.

Petite revue d’effectifs techniques

Mario Monti : ancien commissaire européen, nommé par Berlusconi, d’abord au marché, puis à la concurrence, cet économiste a acquis une réputation d’intransigeance rigoriste par ses actions anti-trust, contre Microsoft et General Electric, d’où son surnom de Super Mario. Remplacé en 2004 par Franco Frattini, il devient International Advisor pour la banque Goldman Sachs en 2005, en cumulant de nombreux postes honorifiques par ailleurs. Il a dû apprécier puisqu’il cumule à nouveau, comme président du conseil et ministre de l’économie. A lui la Dette, aux autres les dettes. 120 milliards d’euros tout de même. Ca fait combien en lires ?

Corrado Passera : ministre de la croissance (buona fortuna), numéro deux de ce gouvernement fantoche, il est directeur général d’Intesa San Paolo, le deuxième établissement bancaire d’Italie, et ancien du cabinet de conseil américain McKinsey.

Giampaolo Di Paola : ministre de la défense, c’est un autre atlantiste puisqu’il est le président du comité militaire de l’Otan, la plus haute autorité militaire de l’organisation. Après les couacs autour de l’appui mou de l’Italie à l’expédition libyenne, Washington veut s’assurer de la fidélité de l’Italie à tous les niveaux.

Giulio Terzi di Sant’Agata :  ministre des affaires étrangères, il était jusqu’ici ambassadeur d’Italie à Washington. Quel heureux hasard !

Andrea Riccardi : ministre de la coopération internationale, il sera le nonce apostolique au palais Chigi. C’est l’heure de la catharsis pour les Italiens après l’ère bunga bunga, les associations catholiques demandant de « purifier l’atmosphère de l’Italie » post-berlusconienne.

Pendant ce temps les députés italiens aiguisent leurs couteaux en attendant les prochaines élections, Ligue du Nord indépendantiste en tête, dans un pays où la droite est la caricature d’elle-même et la gauche morcelée depuis Mani Pulite. Les socialistes sont considérés comme le paravent légal de la mafia, et les communistes ont disparu depuis Enrico Berlinguer, voire depuis Peppone. Ainsi donc, alors que Berlusconi agitait la menace communiste, sans blague, pour justifier sa présence au pouvoir pendant près de seize ans et trois gouvernements, ce sont bien les représentants locaux du capitalisme anglo-saxon qui auront fini par chasser Sylvius Imperator. S’en plaindra-t-il ? Pas sûr. Il peut maintenant  franchir le Ruby’s con tout à loisir.

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Classé dans Actualités, Economie, Europe, Politique

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