Espagne: fracture sociale et castagnettes

Amour vache

José Luis Zapatero a donc choisi le trente-sixième anniversaire de la mort du général Franco pour décréter les élections anticipées. Et pour quitter piteusement l’arène politique ibérique.

Résultat: avec 28% des voix le Partido Socialista Obrero Español a vu 36 chandelles, avec ses 44% le Partido Popular emporte une victoire étriquée, avec près de 7% Izquierda Unida se voit en arbitre, avec plus de 20% de voix émiettées, les petites listes tentent de tirer leur épingle du jeu. Et comme ailleurs en Europe, le parti de l’abstention est incontournable: à 28% il fait jeu égal avec le PSOE. Ce dernier perd plus de 4,5 millions d’électeurs par rapport à 2008. Les électeurs ont voulu sanctionner la classe dirigeante, les Espagnols sachant que les deux grands partis promettent la même rigueur. Ainsi le PP progresse à peine et les souverainistes de Madrid voient se confirmer les formations régionalistes, tant en Catalogne qu’au Pays basque.

Ce scrutin reflette le champ de ruines auquel devra faire face le nouveau premier ministre Mariano Rajoy: le dauphin de José María Aznar est confronté à un chômage de masse de 21,50% de la population, le plus haut taux dans toute l’UE. L’éclatement de la bulle immobilière espagnole, associée au crédit facile, a fait de l’Espagne la version européenne des subprimes américains.

Second dossier, l’état des finances publiques. Rajoy promet de ramener le déficit à 4,4% du PIB en 2012, alors que l’objectif de 6% pour 2011 est compromis par le dérapage des comptes publics. La réduction du déficit suppose une économie de 20 milliards d’euros dans le budget de l’état. Une vraie corrida en perspective dans les dix-sept communautés autonomes.

Por último pero no menos importante, le secteur bancaire et ses 176 milliards d’euros de créances douteuses, des actifs toxiques concentrés dans les cajas, les caisses d’épargne, que los dones d’Espagne voudraient regrouper dans une bad bank, contre l’avis de don Saluste-Rajoy. Le cumul des dettes publiques et bancaires atteint 335 milliards d’euros.

 « Il faut faire des coupes partout », a donc déclaré sans surprise le coiffeur Mariano, qui exclut pour le moment de toucher aux pensions des retraités et aux indemnités de chômage.

La paella est là

La cure d’austérité qui attend les Espagnols s’annonce en tout cas sévère. Le pays emprunte sur dix ans à des taux d’intérêts de 7%, contre 1,8% pour l’Allemagne. Un nouveau plan d’austérité est donc inévitable pour détendre les taux. La bourse madrilène a pour sa part salué la victoire de la droite par une nouvelle chute de 3,48%. Rien de très étonnant, l’Ibex participe à la débâcle générale de l’économie européenne, et réagit surtout à la vraie mauvaise nouvelle d’hier : l’échec de la « super-commission » bipartite américaine sur la réduction de la dette US. Le très catholique Rajoy, qui annonce qu’il ne va « pas y avoir de miracle », veut cependant un gouvernement avant noël. Côté partenaires européens, le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker a exigé des efforts. « Les changements de gouvernement ne modifient pas la situation du problème », a-t-il déclaré. Quel scoop! Angela Merkel a elle félicité Mariano Rajoy par téléphone. Reste à voir si les indignés de droite qui ont voté PP seront plus satisfaits que les indignés de gauche qui ont voté pour la paella qu’est le parlement espagnol. Sans compter les indignés qui sont restés dormir. Les anarchistes espagnols allaient de toute façon difficilement se rendre aux urnes, alors si en plus c’est l’anniversaire de la mort de Franco… no votarán.

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