Saïf ici fissa

Mais non, c'est pas Harlem Désir...

Le fils du Guide se serait libyen vu en chamelier du désert pour touristes décalés. Le CNT en a décidé autrement, et fait lanterner la CPI sur son sort.

« Tirez-moi une balle dans la tête », a-t-il dit à ses ravisseurs. Chez les Kadhafi, on a le sens de la répartie. Et de la suite dans les idées. Mais, depuis qu’il est captif du Conseil National de Transition, le 19 novembre 2011, Glaive-de-la-Soumission, traduction littérale de Saïf al Islam, végète dans une geôle aussi secrète que le lieu d’inhumation de son père.

En cavale depuis le 20 octobre, date de l’exécution de Mouammar Kadhafi,  Saïf al Islam avait proposé de se rendre à la Cour Pénale Internationale de la Haye dès le 26 octobre. La CPI a confirmé avoir eu des « contacts » avec lui, via des intermédiaires. Il fait ainsi transmettre à la CPI un message affirmant son « innocence » vis-à-vis des charges retenues contre lui. Après sa capture, Luis Moreno Ocampo, le procureur de la Cour Pénale Internationale, a bien tenté de s’assurer de la tenue d’un procès équitable. Jusqu’ici la collaboration des nouvelles autorités libyennes se limite au silence radio. En théorie, Saïf al Islam devait être « remis » à la CPI pour crimes contre l’humanité, son procès pouvant se dérouler en Libye sous l’autorité de la Cour. Fin de non recevoir du premier ministre Abdel Rahim Al Kib: la Libye ne remettra pas Saïf à la CPI. Les choses en sont là et le dauphin de son père se morfond dans l’attente d’un procès équitable au pays d’Ubu chez les Berbères. Pour autant, la CPI avait mis en demeure la Libye de lui spécifier, avant le 10 janvier 2012, si, et quand, elle avait l’intention de lui livrer Saïf. « Le 9 janvier, le greffe a reçu une lettre envoyée par les autorités libyennes exprimant leur demande d’un report de la date limite pour soumettre leurs observations en rapport avec l’arrestation de Saïf al Islam Kadhafi », annonce aujourd’hui la CPI. Les autorités libyennes demandent un délai supplémentaire de trois semaines pour remettre à la CPI leurs observations sur son éventuelle remise à la Cour. Dans tous les cas, c’est une fin de parcours sans gloire pour le successeur désigné de Mouammar. Dernier emblème vivant de la Jamahiriya libyenne, le chimérique « Etat des masses » cher à son fantasque père, Saïf l’aura vu mourir sur un poste de télé touareg, puis exposé aux côtés de son frère Mouatassem, mort également, comme avant lui Khamis et Saïf al Arab. Côté survivants, l’essentiel de la famille est réfugié en Algérie: la mère Safia Farkash, la soeur Aïsha, le frère Hannibal et le demi-frère Mohamed, le dernier frère, le « footballeur » Saadi, étant quant à lui au Niger. Une déconfiture totale pour Mouammar Kadhafi, le chantre de la troisième voie, passé du nassérisme au panafricanisme pour finir en phénomène de foire, la bête abattue qu’on va photographier à Misrata. Au vu du sort qui a été le sien, on a envie de dire qu’il l’a tout de même un peu cherché. Car non content d’avoir été le dictateur le plus caricatural du monde, et d’avoir maltraité son peuple en tout ou en partie, il a aussi cru pouvoir jouer au plus fin, un coup à gauche un coup à droite, tantôt allié des Soviétiques, tantôt invité d’honneur de Sarkozy, tout en posant avec le gratin des chefs d’Etat du Nouvel Ordre Mondial, lui qui s’était proclamé le libérateur des peuples du Tiers Monde. Malheur à qui croit ces guignols. Ils se retrouvent aussi cocufiés que Mouammar l’a été par Condoleezza.

Mais revenons à l’héritier malheureux. Si Saïf est aujourd’hui gardé au frais par le CNT, sous l’inquiétude discrète de la CPI, c’est peut-être parce qu’il y a encore une carte à jouer avec ce pauvre fils de. On le sait, les guerres ne se font pour le bien des peuples que lorsqu’il y a quelque chose à y gagner, du pétrole en l’occurrence. Or depuis la chute de Kadhafi, la Libye est tout sauf sécurisée. Les règlements de compte sont légion, on se tire sporadiquement dessus à Tripoli, le CNT lui-même n’est que le conglomérat de parties adverses qui n’avaient que la prise du pouvoir pour idéal commun. Dans la Libye de demain, qu’il faudra continuer à diviser du point de vue occidental, Saïf peut faire figure de joker. On s’en souvient, du temps de son père, Saïf était un habitué de la jet set. Mais contrairement à ses frères, il a aussi entretenu des fréquentations diplomatiques. Au nombre de ses amis d’alors on compte le milliardaire canadien Peter Munk, l’oligarque russe Oleg Deripaska, le prince Albert de Monaco, entre autres. Pas effrayé par le personnage (il faut dire qu’il a de qui tenir), il s’est même lié d’amitié avec le politicien d’extrême droite autrichien Jörg Haider, celui qui, cocaïne dans la gorge et schnaps dans les narines, avait pris sa Volkswagen pour un bobsleigh. Bref, Saïf, en Occident, on connaît. Alors pourquoi ne pas le sortir un jour de sa geôle pour rameuter les déçus du kadhafisme contre les islamistes de Benghazi et les occidentalisés de Tripoli ? Et pour être sûr d’avoir la carte bien en mains, il faut se la procurer. D’où le soudain empressement de la CPI pour « récupérer » Saïf. Le CNT pour sa part nourrit sans doute des vues comparables, bien qu’opposées, en voulant instrumentaliser le fils Kadhafi tant vis-à-vis des occidentaux que des jusqu’au-boutistes barbus. Il faudra attendre un nouvel épisode, comme par exemple l’énième évasion surprise de Saïf al Islam, suivie peut-être de sa mort inopinée, pour en savoir plus.

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