Sarcause toujours

The devil's associate

Sarkozy joue le tout pour le tout: rendez-vous avec les Français et report de candidature, démagogie et hausse de la TVA, ultime recours et porte de sortie. Ca passe ou ça casse. A le voir hier, c’est déjà cassé.

Sur neuf chaînes et pendant plus d’une heure, Sarkozy a essayé hier soir de défendre son bilan pitoyable en rejouant le numéro du grand incompris. La salle des fêtes de l’Elysée avait pour la circonstance un decorum méphistophélique: rideaux rouge sanguin et lambris plaqué or, le tout savamment orchestré dans un jeu d’ombres ténébreux censé impressionner l’audimat. Le président le plus grotesque de la Vème République a voulu justifier son action et celle de son gouvernement, tout en planifiant des mesures antisociales après les élections, en matière d’arrogance en voici un qui n’a de leçon à recevoir de personne. Des mesures dans la lignée de celles que la droite impose depuis des années, voire des décennies (en quoi Mitterrand était-il de gauche ?). Au moins cette fois on sait à quoi s’en tenir. Ce qui était moins habituel, c’était le ton de l’interview. Oh certes, les révérences d’usage et les salamalecs de circonstance n’ont pas manqué, et les deux « économistes » François Lenglet et Jean-Marc Sylvestre ont fait la figuration attendue. Quant à Claire Chazal et Laurent Delahousse, ils ont ressorti leur professionnalisme mielleux. Mais leur ton a désarçonné le chef de l’Etat à plusieurs reprises. De subtiles prises de bec, mais qui sont révélatrices: le vent tourne. Jamais il y a un an, il y a six mois, il y a trois mois encore avec Calvi et Pernaut, on n’aurait vu de journalistes risquer les foudres de Jupiterkozy, prompt à envoyer les journalistes par trop irrévérencieux aux oubliettes. Or hier, les échanges montraient que Sarko n’impose plus la crainte. Pas même le respect.

Delahousse attaque d’emblée sur le soutien de Merkel à Sarkozy. Le pas-encore candidat et déjà-trop président esquive: « Je n’ai pas pour l’instant annoncé quoi que ce soit ni sur ma candidature, ni sur mes meetings ». Ah bon ? Echaudé par les crises à répétition et par son impopularité grandissante, il ne se présenterait pas finalement ? Si seulement c’était vrai. Delahousse embraie sur Lejaby. Des sous-tifs front popu, loin des préoccupations de Carla, Cecilia et Caetera. 93 salariés de l’usine d’Yssingeaux qui s’apprêtent à rejoindre 3 millions de chômeurs. Et Sarko bafouille un « Je ne laisserai pas tomber les gens de Lejaby » qui a dû faire des souvenirs du côté de Gandrange. S’en suivent les grands icontournables: hausse de la TVA, hausse de la CSG, hausse du temps de travail. Contrairement à ce que dit Martine Aubry, Sarko n’est pas passé du « Travailler plus pour gagner plus » au « Travailler moins pour gagner moins ». Le véritable slogan de ce président « sincère, lucide et courageux », comme on dit à l’UMP, c’est « Travailler plus pour gagner moins ». La preuve par son énième mesure annoncée sur les accords compétitivité-emploi, qui aboutiraient à la fin des 35 heures. C’est bien un programme d’austérité « à l’Allemande », comme dit Mélenchon. Imposé aux Français « frondeurs et rebelles » comme dit Sarkozy. On n’a pas fini de rire. Sarko tempère sa volée de lois patronales par une promesse de taxe Tobin: 0,1% sur les transactions financières… Monde de la finance, tremble dans tes palaces ! Moment clé de la causerie: à une remarque en douce de Chazal sur son bilan, Sarko réagit au quart de tour: « J’ai le sens du ridicule, Madame Chazal. Ce n’est pas à moi de juger mon propre bilan. C’est aux Français de juger mon bilan. » « Il faudra rendre des comptes… » rétorque impassible, les yeux dans les yeux, la madone du 20 heures. Tu quoque filia mea… De deux choses l’une: soit Sarko, sûr de sa réélection, s’apprête à envoyer Chazal rejoindre PPDA sur France 3, soit Chazal, qui a tout de même le flair pour ces choses, sent que c’est fini pour le Magyar. A la fin de l’entretien, il s’obstine à refuser d’annoncer sa candidature. Il en a peut-être vraiment marre.  « Ne jouons pas au chat et à la souris. Mon intérêt serait de dire voilà, j’ai décidé. Mais je suis président de la République du cinquième pays au monde ! » Dans l’état actuel on dirait plutôt le cinquième pays d’Europe… Pour finir en beauté, Delahousse enfonce le clou sur les 500 parrainages loin d’être acquis par Marine Le Pen. Sarko juge toujours préjudiciable qu’un courant politique ne soit pas représenté. C’est la moindre des choses: c’est ce courant qui lui a permis d’être élu ! Mais, pris une nouvelle fois au dépourvu, il finit par s’énerver : « Vous ne voulez tout de même pas que je m’occupe d’elle ? » Dommage, ça aurait pu faire un couple. Beau ? C’est une autre histoire.

Voici donc Sarkozus Imperator s’apprêtant à franchir le Rubicond, et repoussant l’échéance. Dans son esprit, par période de pleine tempête capitaliste, il faudrait retarder les élections. Et pourquoi pas les annuler ? Car comme on peut l’espérer, à son échec personnel suivra celui de sa majorité. On devrait voir quelques beaux règlements de compte avec les Fillon, Juppé, Copé et compagnie. Quoi d’étonnant pour un type qui a voulu cumuler les rôles de président officiel et de premier ministre officieux ? Mais il ne faudrait pas se réjouir outre mesure. S’il perd, il laissera son programme ultralibéral en héritage à Hollande. S’il gagne, il fera le plein des mécontents. Dans tous les cas ce sont les Français qui devront être, à l’avenir, sincères, lucides et courageux.

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