Al Masry-Al Ahly 3-1 : 74 morts

Match amical dans l’Egypte ancienne

Football et violence, liaison fréquente. Le tragique événement d’Egypte y donne une nouvelle dimension.

Je terminais hier mon article par une métaphore sur le football dans le soi-disant printemps arabe. La réalité m’a aussitôt confirmé. Hier donc, les Port-Saïdiens d’Al Masry recevaient les Cairotes d’Al Ahly, leaders du championnat égyptien, dans un derby qui enflamme les passions. L’équipe locale l’emporte 3-1 sur les visiteurs. S’en suit une violence générale. Du jamais vu.  Empoignades dans les gradins, courses poursuites sur le terrain. Les joueurs sont évacués mais la foule est prise au piège: dans la panique, des victimes sont piétinées, d’autres chutent des gradins. Sur les images, les policiers restent étonnamment calmes. Pour les opposants au chef de l’Etat, le maréchal Tantaoui, les hommes de Moubarak sont toujours au pouvoir, et veulent faire sombrer le pays dans l’anarchie. Le problème de la violence dans le foot égyptien n’est pas nouveau. On sait que chaque rencontre opposant les deux grands d’Afrique du Nord, l’Egypte et l’Algérie, sont à haut risque. Le match du 14 novembre 2009 est entré dans les annales. Organisé en « terrain neutre », à Khartoum (Soudan), les Fennecs l’ont emporté sur les Pharaons 1-0, l’Algérie s’est qualifiée pour le Mondial aux dépens de l’Egypte. Heurts entre les supporters à l’issue du match, comme à chaque rencontre entre les deux équipes. Quasi unique échappatoire pour les désoeuvrés, opium du peuple sur prescription d’Etat, le foot a fini par affoler les foules. La rue est surexcitée par internet. Des vidéos mises en ligne montrent des stades en délire, des jeunes brûlant des drapeaux, jusqu’à l’agression des joueurs algériens par des supporters égyptiens au Caire. Le phénomène du hooliganisme est mondial, mais son instrumentalisation par les politiciens et les médias égyptiens pose question. Pour certains, Djamel Moubarak n’a pas pu succéder à son père car son pays n’a pas été qualifié pour la coupe du monde. Hosni lui-même aurait subi la désaffection du peuple puisqu’en plus de subir une double pression économique et démographique, l’Egypte perd au foot.

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Place Tahrir, on se rassemble pour manifester, comme pour célébrer les victoires d’Al Ahly. Dans un pays où toute opposition était muselée, les seuls à avoir une expérience de l’affrontement avec la police, ce sont les supporters. Il y a un an exactement, le 2 février 2011, ce sont eux qui avaient organisé la riposte à la charge à dos de dromadaires et de chevaux des partisans de Moubarak. Le 21 novembe dernier, ils ont à nouveau rejoint les manifestants: les affrontements avec la police ont fait 33 morts. Tantaoui a-t-il voulu venger ces affronts par la tragédie d’hier ? « Ce genre d’événements peut se produire partout dans le monde mais nous ne laisserons pas les responsables s’en sortir », promet-il sur la chaîne de télévision d’Al Ahly. S’il n’a pas de responsabilité dans le drame, est-ce qu’il a perdu la main dans l’armée ? « Ce n’est pas du football. C’est la guerre et des gens meurent sous nos yeux. Il n’y avait aucun dispositif de sécurité, pas d’ambulances », a réagi le joueur Abo Treika sur la même chaîne. Une guerre civile peut débuter dans un match de foot. Le 13 Mai 1990 le Dinamo de Zagreb rencontre l’Etoile Rouge de Belgrade. La bataille rangée sur le terrain entre supporters des deux camps va symboliser la haine entre Serbes et Croates. L’ambiance est aujourd’hui la même en Egypte, mais ce n’est pas un conflit inter ethnique. Pas même inter religieux. Le pays est surpeuplé: 80  millions d’habitants, avec une densité de 80 habitants par kilomètre carré. 8 Egyptiens par 100 m². On se marche littéralement dessus. L’Egypte est ingérable, quel que soit le vainqueur des futures élections. Il est probable qu’après avoir persécuté les coptes, les musulmans se battront entre eux, car le Nil ne peut pas nourrir toute la population. La situation est telle que le football sert de prétexte aux déchaînements de colère. A l’annonce des violences à Port-Saïd, l’arbitre du match Zamalek-Ismaïlia a interrompu cette autre rencontre, au Caire. Du coup des supporters ont incendié le stade. Il suffirait d’un match qui dégénère entre Port-Saïd et Ismaïlia pour enflammer la zone du canal de Suez, où se situent les deux villes.

« L’Egypte sera stable », promet Tantaoui. Mohamed Ibrahim, ministre de l’Intérieur, a annoncé que 47 personnes avaient été interpellées. Ca ne suffira pas pour ramener le calme. L’Egypte est sur la voie des tourbillons dans une région où les maîtres du monde rebattent frénétiquement les cartes. C’est dans ce contexte que Mark Zuckerberg fait un pouce levé aux millions de miséreux qui s’accrochent à Facebook comme à la croix ansée, et qui ont grandement contribué à  la croissance du réseau social, estimé à 100 milliards de dollars pour son introduction aujourd’hui à la bourse de New York.

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