Elle(s) : Tapiner plus pour gagner plus

Audrey est habillée par Rose Réséda

Elle est sous les feux de la rampe. Un article chic et un film choc (à moins que ce soit le contraire) mettent le magazine féminin en devanture des blog battles. Actualité chargée pour le mag qui fait des jalouses.

Elle, le plus célèbre des magazines féminins, est accusé de racisme après la controverse provoquée par un article sur la mode noire. Supplément pas gratuit, le mag est aussi présent au cinéma avec un film sur la prostitution étudiante.

La démondialisation des french cancans

Le 13 janvier, le magazine a le malheur de publier  « Black fashion power », un article signé Nathalie Dolivo. Face aux vives réactions et aux nombreux commentaires, l’article a été retiré du site elle.fr. Parlant de la mode chez les noirs américains, la journaliste y affirmait que « pour la communauté afro, le vêtement est devenu une arme politique. (…) Dans cette Amérique dirigée pour la première fois par un président noir, le chic est devenu une option plausible pour une communauté jusque-là arrimée à ses codes streetwear. (…) Mais, si, en 2012, la ‘black-geoisie’ a intégré tous les codes blancs, elle ne le fait pas de manière littérale. (…) La communauté afro a intégré les valeurs des Blancs. Ce look est bourgeois, avec une référence ethnique (un boubou en wax, un collier coquillage, une créole de rappeur) qui rappelle les racines », citant en exemple des stars représentatives de ce style (Rihanna, Nicki Minaj, Erykah Badu, Kelly Rowland, etc.). C’en était trop. Dès sa parution, l’article déclenche des réactions aux Etats-Unis. Le New York Magazine évoque une généralisation « gênante » sur le style black, le Huffington Post y voit des « déclarations controversées, stéréotypées et insultantes », le New York Daily News parle d’un « traitement raciste » et répond à Elle par un: « Fermez la bouche! » (traduction littérale de « Shut your mouth »: les Américains croient parler français quand ils utilisent Google translate…). Réactions indignées en France aussi, dont celle d’Audrey Pulvar, autrefois journaliste, devenue chroniqueuse people chez Ruquier depuis qu’elle est la  Montebourg à la ville. Jeudi 26 janvier sur France Inter, Pulvar dénonce vertement un article « dont la bêtise et l’inanité ne tarderont pas à servir de modèle du genre « papier de merde » dans les écoles de journalisme. (…) L’article imbécile et raciste de Elle provoque à juste titre l’indignation et les moqueries de milliers d’internautes en France, comme aux États-Unis, où il est relayé par plusieurs sites. Des excuses sont-elles une option plausible pour ce journal ? Affaire à suivre. » Elle est impardonnable d’avoir osé déshabiller la sacro-sainte communauté noire. Valérie Toranian, directrice de la rédaction, s’excuse pourtant bien bas: « Si cet article a pu choquer ou blesser certaines personnes nous en sommes profondément désolés car ce n’était nullement notre intention, au contraire. Nous regrettons vivement ce malentendu. »  Nathalie Dolivo fait nonetheless son mea culpa : « Depuis la parution de mon papier, les commentaires sont nombreux. Souvent virulents, voire violents et insultants. J’en suis extrêmement peinée car ils relèvent pour moi du contresens. Ils témoignent en tout cas d’un profond malentendu dont je suis tout à fait désolée. L’article se voulait positif : il s’agissait de mettre en avant ces nouvelles figures qui affolent et fascinent l’industrie de la mode, de l’entertainment et du show-business. » Rien n’y fait. Le magazine continue d’être dénoncé sur le net. Trop blanc, trop glacé, trop cher. On n’y voit pas une seule noire en couverture, est-ce normal ? Sans doute était-ce justement le but de Dolivo: s’attacher un nouveau lectorat black-bourgeois en exposant le phénomène bien réel du streetwear, ce code de la rue qui a gagné les suffrages des djeuns de toutes les couleurs. La mode de la rue sortie des ghettos a gagné les gratte-ciels, de Nike à Abercrombie, d’Adidas à Donna Karan. C’est raciste de dire ça? La vérité c’est  que Dolivo sert de tête à claques pour une Pulvar impétrante. Yo. Finalement il n’y a pas que chez les blanches qu’on trouve des pétasses, et ça c’est rassurant.

Du streetwear au strip tease

Mais cette semaine Elle est aussi au cinéma. Elles, titre du film, parle d’un sujet plus grave que les nunucheries streetwear: le phénomène croissant de la prostitution chez les étudiantes. Juliette Binoche y incarne Anne, journaliste dans un grand magazine féminin, préparant un article sur la question. Deux étudiantes se confient à elle sans aucun tabou, au point que la journaliste s’interroge sur sa propre vie, ses frustrations et ses fantasmes. Le film est, comme dit la formule, une fiction sur un phénomène réel. Comment expliquer qu’aujourd’hui, dans le « pays des droits de l’homme », des jeunes femmes en viennent à vendre leur corps pour financer leurs études, autrement dit pour se préparer un avenir meilleur ? Pour beaucoup d’entre elles, l’avenir est déjà bousillé. Entrées étudiantes à la fac, elles en sortent putes, avec ou sans diplôme. De toutes façons, même avec diplôme, sans travail. Alors autant continuer à tapiner. Jusqu’à ce que les suivantes prennent leur place.  Avec des différences inévitables: activité occasionnelle pour jeunes femmes qui ne parviennent pas à payer leur loyer, comme des cas de working girls à 1000 euros la passe, ou encore certaines « étudiantes » qui proposent de se connecter à un site internet pour un strip tease privé, en passant d’abord au vestiaire, c’est-à-dire par un site de paiement en ligne. Le statut d’étudiante peut alors servir de paravent idéal pour un véritable business. En 2004, la Brigade de Répression du Proxénétisme avait ainsi démantelé un réseau de jeunes Marocaines. Fausses étudiantes, elles avaient toutes leur carte universitaire, ce qui leur permettait d’avoir un permis de séjour. Vraies prostituées, elles n’étaient pas très assidues aux cours. L’université antichambre du bordel… Il faut que la société française soit bien malade pour en être là. Voilà que le corps social se coltine des maladies vénériennes. Le stade précédent sa désagrégation.

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