Archives de Catégorie: Internet

Un an de route

Wifi included

Chers tous, chères toutes, lecteurs permanents, fréquents, occasionnels, MERCI de me lire et de contribuer à la cause du communautarisme rom. Après un an de jambons et aloyaux services, je pose ma caravane pour profiter du printemps et de la pluie.

Une année que je me démène sur les autoroutes de l’information et les chemins buissonniers du net… Je pose mes valises, mon cheval et ma poule pour reclouer mes semelles et recercler mes roues. Histoire de repartir d’un bon pied. Sous quelle formule ? On verra. Mensuelle sans doute, annuelle peut-être, aléatoire sûrement. Le monde et ses folies me saoulent plus que la piquette moldave, le blogging et ses contraintes me gavent pire que le goulasch bohème. Une sieste s’impose. De temps en temps je gazouille un #twit histoire de me faire entendre. Qui m’aime me lise. Depuis mon dernier article du treize mars, Galouzeau de Villepin a été grossièrement exclu de la course à l’échalote, les dix prétendants m’ont bien fait rire à tour de rôle, mention spéciale pour Philippe Poutou, car ce mec a raté sa vocation d’humoriste chez Ruquier, ils ne sont donc plus que deux, et comme chez les gitans d’Ecosse à la Highlander, il ne peut en rester qu’un. Hollande d’après les mathématiques, mais avec le roué retors Nicolas, on n’est pas à l’abri d’une surprise. Je persiste et signe, s’il gagne c’est pas plus mal, ça veut dire plus d’UMP en 2017, car ce keum ne se contente pas de ridiculiser la politique, il anéantit son propre camp. C’est pas bon pour la démocratie, mais le sarkozysme non plus. Si au final il y a une différence en faveur du Magyar et qu’elle est de l’ordre du demi pour cent, le PS pourrait regretter de ne pas avoir donné ses signatures à Villepin. Mais non, rien-zéro comme dit l’autre. Chacun ses problèmes. Pour l’heure on accuse déjà Hollande a priori d’être assuré d’être élu avec moultes voix lepénistes. Qu’ils se débrouillent tous avec ce qu’ils ont créé, les mitterrandiens avec le FN, Juppé avec l’UMP.

Sur ce latcho drom, drum bun, bonne route, et à un de ces jours.

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Survivre avec les loups : le remake de France 2

Mea culpa, Madame 2 France

Un journaliste braconnant le loup sur internet et pris sur le fait par un Canard enchaîné, ça mérite d’être cancané. Surtout qu’on parle pas mal de viande ces temps-ci.

Awououou… awouou… Des loups j’en croise du haut de ma roulotte : du gentil loulou au big bad wolf, en passant par le prédateur enragé. Rien de commun avec son équivalent humain toutefois: un caillou sur la gueule l’envoie hurler ailleurs.

Le loup et le Canard, fable de Jean de la Toile

Le Journal satirique paraissant le mercredi nous apprend dans son n° 4767, par la plume de Christophe Nobili («Loup y es-tu, sur France 2», page 4), que dans son 20 heures du 25 février, Marie Drucker a diffusé un reportage bidonné, sur le loup transi par le froid, par un osso buco alléché, soudain sorti du bois, filmé par le smartphone perché. Pas une erreur de montage : du vrai bidon. Ainsi donc Renaud Bernard, correspondant  en Italie, en mal d’inspiration, est parti entre chien et loup du côté des Abruzzes à la recherche du lupo. L’a-t-il croisé? C’est ce qu’il feint. D’abord un Ysengrin efflanqué dans un village de montagne, puis deux canidés affamés dans la lande. Deux récupérations grotesques. Les deux vidéos viennent de Youtube, la première a été postée le 7 février 2011, la seconde le 29 décembre 2010. Et le «journaliste» nous présente ça comme étant son boulot. La pauvre Marie Drucker n’y a vu que du feu.

Chassez le naturel, il revient en meute

Un faux précédent impliquant le chasseur à quatre pattes avait fait beaucoup de bruit sur internet en 2008. C’était d’une autre ampleur. Survivre avec les loups, le récit «autobiographique» de Misha Defonseca, best seller adapté au cinéma par Véra Belmont, racontant l’histoire d’une petite fille pendant la Seconde Guerre mondiale adoptée par des loups, dans un remix de Mowgli et d’Anne Frank, s’est révélé être une histoire inventée comme l’a reconnu son auteur. Bonne pioche quand même: 200.000 exemplaires du livre ont été vendus dans sa version française.  A l’heure d’internet, plus de temps à perdre à écrire des bouquins. On va directement à la source des vidéos en ligne. Evidemment les internautes s’en rendent compte assez vite et peut-être que Renaud Bernard a voulu jouer avec le feu, quitte à se brûler le museau. Le plus étonnant dans cette histoire est qu’elle est éventée par Le Canard enchaîné, journal qui refuse mordicus d’apparaître sur le net autrement que par un site vitrine avec sa une hebdomadaire. Histoire d’aller acheter le journal chez le libraire du coin coin. Il faudra bien que tôt ou tard il revoie sa formule, d’autant qu’il parle d’autres sujets ô combien intéressants, comme le titre Erik Emptaz: «La campagne régresse au stade halal !». Sarko était mardi sur France 2 justement, pour sans doute une de ses dernières apparitions comme président. Tel un wolfie sorti de Tex Avery, le bling prèz a fait son mea culpa, sans paraître crédible. Il ne va pas être raté par le prochain Canard. Le loup lui il s’en fout. Halal, kasher ou ordinaire, il ne fait pas le difficile avec la viande.

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Elle(s) : Tapiner plus pour gagner plus

Audrey est habillée par Rose Réséda

Elle est sous les feux de la rampe. Un article chic et un film choc (à moins que ce soit le contraire) mettent le magazine féminin en devanture des blog battles. Actualité chargée pour le mag qui fait des jalouses.

Elle, le plus célèbre des magazines féminins, est accusé de racisme après la controverse provoquée par un article sur la mode noire. Supplément pas gratuit, le mag est aussi présent au cinéma avec un film sur la prostitution étudiante.

La démondialisation des french cancans

Le 13 janvier, le magazine a le malheur de publier  « Black fashion power », un article signé Nathalie Dolivo. Face aux vives réactions et aux nombreux commentaires, l’article a été retiré du site elle.fr. Parlant de la mode chez les noirs américains, la journaliste y affirmait que « pour la communauté afro, le vêtement est devenu une arme politique. (…) Dans cette Amérique dirigée pour la première fois par un président noir, le chic est devenu une option plausible pour une communauté jusque-là arrimée à ses codes streetwear. (…) Mais, si, en 2012, la ‘black-geoisie’ a intégré tous les codes blancs, elle ne le fait pas de manière littérale. (…) La communauté afro a intégré les valeurs des Blancs. Ce look est bourgeois, avec une référence ethnique (un boubou en wax, un collier coquillage, une créole de rappeur) qui rappelle les racines », citant en exemple des stars représentatives de ce style (Rihanna, Nicki Minaj, Erykah Badu, Kelly Rowland, etc.). C’en était trop. Dès sa parution, l’article déclenche des réactions aux Etats-Unis. Le New York Magazine évoque une généralisation « gênante » sur le style black, le Huffington Post y voit des « déclarations controversées, stéréotypées et insultantes », le New York Daily News parle d’un « traitement raciste » et répond à Elle par un: « Fermez la bouche! » (traduction littérale de « Shut your mouth »: les Américains croient parler français quand ils utilisent Google translate…). Réactions indignées en France aussi, dont celle d’Audrey Pulvar, autrefois journaliste, devenue chroniqueuse people chez Ruquier depuis qu’elle est la  Montebourg à la ville. Jeudi 26 janvier sur France Inter, Pulvar dénonce vertement un article « dont la bêtise et l’inanité ne tarderont pas à servir de modèle du genre « papier de merde » dans les écoles de journalisme. (…) L’article imbécile et raciste de Elle provoque à juste titre l’indignation et les moqueries de milliers d’internautes en France, comme aux États-Unis, où il est relayé par plusieurs sites. Des excuses sont-elles une option plausible pour ce journal ? Affaire à suivre. » Elle est impardonnable d’avoir osé déshabiller la sacro-sainte communauté noire. Valérie Toranian, directrice de la rédaction, s’excuse pourtant bien bas: « Si cet article a pu choquer ou blesser certaines personnes nous en sommes profondément désolés car ce n’était nullement notre intention, au contraire. Nous regrettons vivement ce malentendu. »  Nathalie Dolivo fait nonetheless son mea culpa : « Depuis la parution de mon papier, les commentaires sont nombreux. Souvent virulents, voire violents et insultants. J’en suis extrêmement peinée car ils relèvent pour moi du contresens. Ils témoignent en tout cas d’un profond malentendu dont je suis tout à fait désolée. L’article se voulait positif : il s’agissait de mettre en avant ces nouvelles figures qui affolent et fascinent l’industrie de la mode, de l’entertainment et du show-business. » Rien n’y fait. Le magazine continue d’être dénoncé sur le net. Trop blanc, trop glacé, trop cher. On n’y voit pas une seule noire en couverture, est-ce normal ? Sans doute était-ce justement le but de Dolivo: s’attacher un nouveau lectorat black-bourgeois en exposant le phénomène bien réel du streetwear, ce code de la rue qui a gagné les suffrages des djeuns de toutes les couleurs. La mode de la rue sortie des ghettos a gagné les gratte-ciels, de Nike à Abercrombie, d’Adidas à Donna Karan. C’est raciste de dire ça? La vérité c’est  que Dolivo sert de tête à claques pour une Pulvar impétrante. Yo. Finalement il n’y a pas que chez les blanches qu’on trouve des pétasses, et ça c’est rassurant.

Du streetwear au strip tease

Mais cette semaine Elle est aussi au cinéma. Elles, titre du film, parle d’un sujet plus grave que les nunucheries streetwear: le phénomène croissant de la prostitution chez les étudiantes. Juliette Binoche y incarne Anne, journaliste dans un grand magazine féminin, préparant un article sur la question. Deux étudiantes se confient à elle sans aucun tabou, au point que la journaliste s’interroge sur sa propre vie, ses frustrations et ses fantasmes. Le film est, comme dit la formule, une fiction sur un phénomène réel. Comment expliquer qu’aujourd’hui, dans le « pays des droits de l’homme », des jeunes femmes en viennent à vendre leur corps pour financer leurs études, autrement dit pour se préparer un avenir meilleur ? Pour beaucoup d’entre elles, l’avenir est déjà bousillé. Entrées étudiantes à la fac, elles en sortent putes, avec ou sans diplôme. De toutes façons, même avec diplôme, sans travail. Alors autant continuer à tapiner. Jusqu’à ce que les suivantes prennent leur place.  Avec des différences inévitables: activité occasionnelle pour jeunes femmes qui ne parviennent pas à payer leur loyer, comme des cas de working girls à 1000 euros la passe, ou encore certaines « étudiantes » qui proposent de se connecter à un site internet pour un strip tease privé, en passant d’abord au vestiaire, c’est-à-dire par un site de paiement en ligne. Le statut d’étudiante peut alors servir de paravent idéal pour un véritable business. En 2004, la Brigade de Répression du Proxénétisme avait ainsi démantelé un réseau de jeunes Marocaines. Fausses étudiantes, elles avaient toutes leur carte universitaire, ce qui leur permettait d’avoir un permis de séjour. Vraies prostituées, elles n’étaient pas très assidues aux cours. L’université antichambre du bordel… Il faut que la société française soit bien malade pour en être là. Voilà que le corps social se coltine des maladies vénériennes. Le stade précédent sa désagrégation.

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Al Masry-Al Ahly 3-1 : 74 morts

Match amical dans l’Egypte ancienne

Football et violence, liaison fréquente. Le tragique événement d’Egypte y donne une nouvelle dimension.

Je terminais hier mon article par une métaphore sur le football dans le soi-disant printemps arabe. La réalité m’a aussitôt confirmé. Hier donc, les Port-Saïdiens d’Al Masry recevaient les Cairotes d’Al Ahly, leaders du championnat égyptien, dans un derby qui enflamme les passions. L’équipe locale l’emporte 3-1 sur les visiteurs. S’en suit une violence générale. Du jamais vu.  Empoignades dans les gradins, courses poursuites sur le terrain. Les joueurs sont évacués mais la foule est prise au piège: dans la panique, des victimes sont piétinées, d’autres chutent des gradins. Sur les images, les policiers restent étonnamment calmes. Pour les opposants au chef de l’Etat, le maréchal Tantaoui, les hommes de Moubarak sont toujours au pouvoir, et veulent faire sombrer le pays dans l’anarchie. Le problème de la violence dans le foot égyptien n’est pas nouveau. On sait que chaque rencontre opposant les deux grands d’Afrique du Nord, l’Egypte et l’Algérie, sont à haut risque. Le match du 14 novembre 2009 est entré dans les annales. Organisé en « terrain neutre », à Khartoum (Soudan), les Fennecs l’ont emporté sur les Pharaons 1-0, l’Algérie s’est qualifiée pour le Mondial aux dépens de l’Egypte. Heurts entre les supporters à l’issue du match, comme à chaque rencontre entre les deux équipes. Quasi unique échappatoire pour les désoeuvrés, opium du peuple sur prescription d’Etat, le foot a fini par affoler les foules. La rue est surexcitée par internet. Des vidéos mises en ligne montrent des stades en délire, des jeunes brûlant des drapeaux, jusqu’à l’agression des joueurs algériens par des supporters égyptiens au Caire. Le phénomène du hooliganisme est mondial, mais son instrumentalisation par les politiciens et les médias égyptiens pose question. Pour certains, Djamel Moubarak n’a pas pu succéder à son père car son pays n’a pas été qualifié pour la coupe du monde. Hosni lui-même aurait subi la désaffection du peuple puisqu’en plus de subir une double pression économique et démographique, l’Egypte perd au foot.

Un actionnaire d’honneur de Facebook S.A.

Place Tahrir, on se rassemble pour manifester, comme pour célébrer les victoires d’Al Ahly. Dans un pays où toute opposition était muselée, les seuls à avoir une expérience de l’affrontement avec la police, ce sont les supporters. Il y a un an exactement, le 2 février 2011, ce sont eux qui avaient organisé la riposte à la charge à dos de dromadaires et de chevaux des partisans de Moubarak. Le 21 novembe dernier, ils ont à nouveau rejoint les manifestants: les affrontements avec la police ont fait 33 morts. Tantaoui a-t-il voulu venger ces affronts par la tragédie d’hier ? « Ce genre d’événements peut se produire partout dans le monde mais nous ne laisserons pas les responsables s’en sortir », promet-il sur la chaîne de télévision d’Al Ahly. S’il n’a pas de responsabilité dans le drame, est-ce qu’il a perdu la main dans l’armée ? « Ce n’est pas du football. C’est la guerre et des gens meurent sous nos yeux. Il n’y avait aucun dispositif de sécurité, pas d’ambulances », a réagi le joueur Abo Treika sur la même chaîne. Une guerre civile peut débuter dans un match de foot. Le 13 Mai 1990 le Dinamo de Zagreb rencontre l’Etoile Rouge de Belgrade. La bataille rangée sur le terrain entre supporters des deux camps va symboliser la haine entre Serbes et Croates. L’ambiance est aujourd’hui la même en Egypte, mais ce n’est pas un conflit inter ethnique. Pas même inter religieux. Le pays est surpeuplé: 80  millions d’habitants, avec une densité de 80 habitants par kilomètre carré. 8 Egyptiens par 100 m². On se marche littéralement dessus. L’Egypte est ingérable, quel que soit le vainqueur des futures élections. Il est probable qu’après avoir persécuté les coptes, les musulmans se battront entre eux, car le Nil ne peut pas nourrir toute la population. La situation est telle que le football sert de prétexte aux déchaînements de colère. A l’annonce des violences à Port-Saïd, l’arbitre du match Zamalek-Ismaïlia a interrompu cette autre rencontre, au Caire. Du coup des supporters ont incendié le stade. Il suffirait d’un match qui dégénère entre Port-Saïd et Ismaïlia pour enflammer la zone du canal de Suez, où se situent les deux villes.

« L’Egypte sera stable », promet Tantaoui. Mohamed Ibrahim, ministre de l’Intérieur, a annoncé que 47 personnes avaient été interpellées. Ca ne suffira pas pour ramener le calme. L’Egypte est sur la voie des tourbillons dans une région où les maîtres du monde rebattent frénétiquement les cartes. C’est dans ce contexte que Mark Zuckerberg fait un pouce levé aux millions de miséreux qui s’accrochent à Facebook comme à la croix ansée, et qui ont grandement contribué à  la croissance du réseau social, estimé à 100 milliards de dollars pour son introduction aujourd’hui à la bourse de New York.

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« Révolutions Facebook » et NetanYahoo!

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Benjamin Netanyahou a remporté dans l’indifférence générale la primaire du Likoud: on prend le même et on recommence, tandis que ça barde dans la région.

Depuis décembre dernier, le Premier ministre israélien voulait sa primaire à lui, sur fond de Règlement de comptes à Republican Corral. Pas de quoi jouer des licoudes, on n’est pas au super tuesday. Il n’avait qu’un adversaire, le candidat des colons Moshé Feiglin, la surprise étant que « Bibi », bibien que l’ayant emporté avec 75% des voix, n’a pas obtenu le score stalinien qu’il espérait. Le faible taux de participation des membres du Likoud, 48%, n’a pas non plus été à la hauteur de ses espérances. Le quotidien « Yédiot Aharanot » a cru au premier acte d’élections anticipées (la législature s’achevant en novembre 2013). Netanyahou envisagerait des élections anticipées en octobre 2012, un mois avant les présidentielles américaines, faisant ainsi pression sur le gouvernement américain, quel que soit le vainqueur. Netanyahou a démenti cette rumeur, proclamant à propos des élections « Nous avons le temps ». Le véritable objectif de cette primaire, moins avouable, semble être de renforcer sa position en cas d’escalade militaire dans la région. On pense d’abord à la Syrie, mais aussi à l’Iran. Au Conseil de sécurité de l’ONU Hillary Clinton fait le forcing pour condamner le régime de Damas, avec le soutien du Qatar et de la France version Fouquet’s. De ce côté-ci il faut faire vite, il y a bientôt des élections et Juppé n’en a peut-être plus pour longtemps. Alors on offre des verres aux Russes et on fait les yeux doux aux Chinois. Qu’un conflit d’envergure en Syrie enflamme la région, tout ce beau monde n’en a que faire, il y a du pétrole en jeu, et dans ce cas un seul mot d’ordre: There will be blood. Si Assad est dos au mur il n’aura plus rien à perdre et enverra ses troupes dans le Golan. La Libye a une frontière avec le Niger, la Syrie avec Israël. Ce sera une autre paire de manches. Et justement la Syrie est, à son tour, confrontée à une « révolution Facebook », à la mode du printemps arabe compatible toute-saison. Il a bon dos Jacques Benoist-Méchin. Qu’aurait-il pensé de l’usage du titre de son livre de 1959, guide politique du Proche-Orient aux grandes heures du nationalisme arabe, expression récupérée dans cette pseudo révolution spontanée sur sites internet, aboutissant à la paix des braves entre salafistes et G.I.’s ? Un « printemps arabe » qui avait débuté… en Perse, tiens donc, lors de l’élection présidentielle de 2009. De violents affrontements avaient opposé la police et des milliers de partisans de Hossein Moussavi, le « Mouvement vert » (mais non, pas celui de Cohn Bendit). Une révolte si locale qu’elle était relayée par tous les réseaux sociaux d’outre Atlantique. L’affaire a fait long feu mais l’idée a connu un revival en 2011. Tunisie, Egypte, Libye, Bahreïn, Yémen et maintenant Syrie, en attendant l’Iran à nouveau. Si ça continue, le seul à ne pas dégager dans la région sera Netanyahou. Ca méritait une primaire. On assiste ainsi à une alliance Ligue arabe sunnite-U.S.A. contre tous les empêcheurs de forer en paix, essentiellement chiites, Syrie-Iran. Le remake de la « sainte alliance » de 1980 contre l’Iran, quand le bras armé s’appelait alors l’Irak et son shérif Saddam Hussein. Sous cette scène principale, les seconds rôles attendent leur heure en commentant les résultats. Un vrai match de foot sur terrain pétrolier, avec coups de pieds, coups de tête, prolongations et arbitre vendu. Les deux équipes sont d’accord sur deux choses: elles pensent de plus en plus sérieusement  à remplacer le ballon par la bombe. Et elles s’opposent à l’arbitrage vidéo.

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Mega-outlaw-d

Le con, la pute et le truand

En fermant Megaupload, la justice américaine a décidé de ne pas attendre l’adoption des lois anti-piratage, mises en mode veille après le blackout du 18 janvier.

La justice américaine a fermé jeudi 18 sites internet dont Megaupload, un des plus grands sites de téléchargement de fichiers au monde, et d’autres sites du groupe. Megaupload était une plateforme d’hébergement de fichiers, permettant aux utilisateurs d’héberger des fichiers sur leurs serveurs et de les échanger. Ayant son siège social à Hong Kong, le FBI pouvait-il ordonner la fermeture du site hors de son territoire ? C’est une cause de litige possible entre la Chine et les Etats-Unis. La fermeture de Megaupload est un coup de pied dans la fourmilière, mais il existe des dizaines de sites similaires, même si Megaupload était le plus connu avec 150 millions d’abonnés, 50 millions de visiteurs par jour et 4 % du trafic internet mondial. Seuls les sites rassemblant des liens de téléchargement ont fait l’objet de poursuites. Les sites de partage en peer to peer ne sont jusqu’ici pas responsables de la présence de contenus illégaux. Il leur est cependant demandé de supprimer ceux qui leur sont signalés. Megaupload n’a pas respecté cette règle et a favorisé la diffusion de contenus piratés. Sur Megaupload les internautes pouvaient uploader en ligne leur contenu. Ils pouvaient y avoir accès depuis n’importe quel ordinateur et le partager. Le site supprimait les contenus peu téléchargés au bout de 90 jours et rétribuait les internautes qui uploadaient des fichiers très téléchargés. Uploading et downloading de fichiers étaient gratuits jusqu’à 1 Go. Pour effectuer plusieurs téléchargements en parallèle, il fallait souscrire un abonnement payant.

La décision de fermer le site a été prise le 5 janvier, pendant la polémique sur SOPA/PIPA. Selon le FBI, Megaupload aurait causé plus de 500 millions de dollars de pertes aux ayants droit et généré plus de 175 millions de dollars de profits illicites. Le propriétaire du site, Kim Schmitz alias Kim Dotcom, planqué en Nouvelle-Zélande, s’est fait cueillir avec trois de ses associés par la police locale. Deux preuves du flou juridique en la matière : Megaupload, représenté par Emmanuel Gadaix, directeur des opérations du site, a été invité le 11 janvier au Sénat français à participer à un débat  sur internet et la rémunération des créateurs; aux Etats-Unis, en 2011, Megaupload a été soutenu dans une vidéo vantant les avantages du streaming par des « artistes » : P.Diddy, Will.i.am, Kanye West, Chris Brown, etc… Vu leur chiffre d’affaires, le piratage leur fait de la pub. Universal a quand même fini par se fâcher et a fait retirer la vidéo. Megaupload a porté plainte à sont tour, affirmant que cette pub était légale. Toute l’hypocrisie du capitalisme en trois clics : tant que les majors considéraient que Megaupload faisait caisse de résonance pour leurs produits, elles fermaient les yeux. Quand les pertes deviennent trop grandes, le bateau pirate, qui jusque là naviguait tranquille, doit soudain être coulé. Que Megaupload, qui générait des millions de dollars de profits en piratant allègrement l’industrie du show biz, soit la première victime de SOPA, ça n’a rien d’étonnant. Mais pourvu que ça en reste là.

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PIPA : une loi à scruter sous toutes les coutures

La partie cachée vaut le détour

Je parlais hier des deux lois U.S. SOPA/PIPA, avec la confusion entretenue par les législateurs américains sur Internet Protocol, dans l’intitulé du Protect IP Act.

J’ai eu confirmation de mon intuition dans le New York Times, par un article de Jonathan Weisman, Web Protests Piracy Bills, and Senators Change Course en ligne hier soir et remplacé aujourd’hui par In Fight Over Piracy Bills, New Economy Rises Against Old:

http://www.nytimes.com/2012/01/19/technology/web-protests-piracy-bill-and-2-key-senators-change-course.html

Les deux versions de l’article expliquent le soudain retrait de nombreux soutiens à SOPA/PIPA, le plus notable lâchage étant celui du sénateur Marco Rubio, l’Obama latino, qui a courageusement annoncé sa volte-face sur Facebook. Mais ce qui retient l’attention dans la première version de l’article, et qu’on ne retrouve pas dans la deuxième, c’est sa conclusion qui parle des DNS, les systèmes de noms de domaine. Voici le passage in extenso, j’ai mis en gras les points cruciaux:

« At issue is how the bills deal with “DNS filtering.” Web site addresses are converted by the Internet’s domain name server system from typed words into computer language to bring a user to a specific Web site. The Congressional bills would allow the Justice Department to seek injunctions to prevent domestic Internet service providers from translating the names of suspected pirate sites; the legislation would also require search engines such as Google not to display suspected sites on search results. In effect, the bills would make search engines the enforcers of a law they oppose. Congressional negotiators are looking at radical revisions to the DNS provisions, but lawmakers may decide the resulting legislation is too neutered to pursue, aides from both parties say. »

Traduction: « La question est de savoir comment les projets de lois se comportent avec le « filtrage DNS . » Des adresses de sites Web sont converties par le système serveur de noms de domaine d’Internet à partir de mots tapés dans un langage informatique pour conduire un utilisateur à un site Web spécifique. Les projets de lois du Congrès permettraient au Ministère de la Justice de chercher des injonctions pour empêcher les fournisseurs domestiques de services Internet de traduire les noms des sites pirates présumés; la législation exigerait également des moteurs de recherche tels que Google de ne pas afficher les sites suspectés sur les résultats de recherche. En fait, les projets de loi feraient des moteurs de recherche les exécuteurs d’une loi à laquelle ils s’opposent. Les négociateurs du Congrès recherchent des révisions radicales pour les dispositions sur les DNS, mais les législateurs peuvent décider que la législation qui en résulterait est trop stérile pour poursuivre, selon les assistants des deux parties. »

Le Stop Online Piracy Act et le Protect Intellectual Property Act visent donc bien à contrôler un peu plus internet et, partant, les esprits. Car c’est une chose de traquer les sites spécialisés dans la piraterie, et une toute autre de mettre les moteurs de recherche dans le rôle du délateur. Et de qui ? « Des adresses de sites Web ». C’est-à-dire ? « Des sites pirates présumés ». Mais encore ? La ficelle est plutôt grosse. SOPA/PIPA vont bien au-delà d’Hadopi. Sous couvert de lutte anti-piratage, la législation américaine aurait un oeil sur tout les sites du monde, Google étant présent partout sauf en Chine continentale, officiellement pour raison de censure, justement. Dès lors elle pourrait agir à sa guise, avoir accès aux adresses IP par le contrôle des DNS, bloquer tout ce qui lui déplait. Ce qui voudrait dire la fin de la liberté d’expression sur internet comme l’affirme Wikipedia.  Ce n’est pas seulement le homebanking obligatoire, c’est en plus Robocop à domicile. Fricage et flicage. Elle n’est pas belle à voir, la décadence de l’empire américain…

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